Éditorial

Une disparition que les travailleurs n’auront pas à pleurer

28 septembre 2019

ZIMBABWE

 

L’ancien dictateur du Zimbabwe est mort le 6 septembre dernier à l’âge de 95 ans à Singapour où il suivait un traitement médical. Il aurait aimé mourir au pouvoir, en tout cas, il a tout fait pour s’y accrocher jusqu’au bout, mais il a fini par se faire éjecter (en novembre 2017) par une partie des cadres de sa propre armée, profitant d’une crise économique et politique. Mugabé et son clan étaient arrivés au sommet de leur impopularité, incapables de mettre fin à la contestation populaire.

Très rapidement, ceux qui ont pris sa succession sont devenus aussi impopulaires que lui, car face à la crise économique, ils n’ont fait qu’aggraver encore plus les conditions d’existence de la grande majorité. Les bas salaires et l’inflation galopante ont continué à réduire à néant le pouvoir d’achat des petits salariés. L’augmentation du prix de l’essence a entrainé d’autres augmentations en cascade. Le peu d’infrastructures sociales comme les hôpitaux publics et l’éducation nationale ont continué à se dégrader.

En janvier 2019, une grève générale de trois jours a mis le régime du nouveau président Emmerson Mnangagwa au bord du gouffre. Des manifestants sont descendus dans les rues pour protester contre la dégradation de leurs conditions d’existence. Comme dans les pires moments de la dictature de Mugabe, le nouveau pouvoir a réprimé sauvagement les manifestants : 17 personnes ont été tuées, des centaines arrêtées. Des syndicalistes ont été pourchassés, notamment parmi les enseignants et les hospitaliers.

Le décès de Mugabe arrive à temps, pour ainsi dire, car le nouveau pouvoir comptait s’en servir pour tenter de calmer la contestation en organisant des cérémonies funéraires grandioses, frisant le ridicule. Ce fut un échec puisque c’est au moment même où le gouvernement s’apprêtait à faire son cinéma que le personnel hospitalier, notamment, les médecins et les infirmiers des hôpitaux publics se sont mis en grève et ont manifesté dans la rue pour protester contre l’enlèvement d’un des leurs.

Le piège du « deuil national » ne semble pas fonctionner et c’est tant mieux. Les travailleurs n’ont en effet aucune raison de pleurer la disparition de celui qu’on veut leur présenter comme un « héros de l’Afrique ». Mugabé a été tout sauf un héros des travailleurs. Il s’est battu pour l’indépendance de son pays mais en tant que nationaliste, c’est-à-dire en se plaçant uniquement sur le terrain de la bourgeoisie locale. La bourgeoise blanche et raciste a laissé la place à une bourgeoisie et à un pouvoir noirs mais l’exploitation des travailleurs a continué et continuera tant que le prolétariat ne mettra pas fin au système capitaliste.