Les mensonges du gouvernement sur la soi-disant stabilisation des prix

10 octobre 2021

SÉNÉGAL

Face à la montée de la colère contre la cherté de la vie, le gouvernement sénégalais fait semblant d’agir mais en réalité il ne fait que brasser du vent en pondant des décrets que les commerçants contournent allègrement. Prenons l’exemple de l’huile d’arachide raffinée dont le prix au litre ne doit pas dépasser 1 200 francs selon un arrêté du ministre du Commerce. Seulement, cette mesure ne vise que l’huile en vrac contenue dans des fûts de 200 litres. Les commerçants grossistes se sont passé le mot et ont reconditionné le contenu des fûts dans des bouteilles d’un et cinq litres. Ce qui leur permet de fixer le prix du litre entre 1 400 et 1 600 francs selon les endroits au lieu des 1200 francs fixés par l’État. Quant au bidon de cinq litres on le trouve aujourd’hui à 7 500 francs alors qu’il se vendait auparavant entre 4 500 et 5 000 francs. L’huile en vrac a tout simplement disparu du petit commerce.

Le prix du sac de riz ordinaire non parfumé de 50 kg qui coûtait 13 000 francs avant la flambée des prix est aujourd’hui à 18 000 francs tandis que le sac de 50 kg de riz brisé parfumé le plus couramment consommé est passé de 18 000 à 20 000 francs. Le gouvernement avait laissé entendre qu’il stabiliserait les prix mais il n’en est rien.

Les boulangers réclament aussi une augmentation du prix du pain suite au renchérissement du prix de la farine. Bientôt les transporteurs vont aussi augmenter leurs prix, s’ils ne l’ont pas déjà fait, pour répercuter leurs dépenses supplémentaires sur les consommateurs et les usagers du transport, ce qui se traduira inéluctablement par d’autres augmentations des prix des denrées.

Le prix des loyers qui était déjà très élevé à Dakar est aussi monté en flèche, poussant les familles aux revenus modestes vers les banlieues de plus en plus éloignées. Cet exode massif des couches populaires hors de Dakar, n’est pas récent mais il s’est accéléré depuis la construction en 2016 de la ligne de TER (Train Express Régional) reliant le centre ville de Dakar au nouvel aéroport international. Environ 250 000 personnes ont été délogées le long du tracé et ont été contraintes de se loger ailleurs, certaines ont été indemnisées, d’autres attendent toujours.

Cette forte demande de logement à contribué à l’augmentation des loyers. Les promoteurs immobiliers et les propriétaires terriens se sont jetés sur l’occasion pour vendre des terrains ou construire des logements à la va-vite sur des terrains non viabilisés tout en sachant qu’ils construisaient parfois sur des zones inondables.

Les récentes inondations dont ont été victimes des dizaines de milliers de personnes dans certaines banlieues populaires ont montré qu’il y a eu une arnaque des promoteurs immobiliers et des propriétaires terriens véreux. Ceux-ci n’auraient jamais dû obtenir l’autorisation administrative de construire des logements dans ces endroits dangereux sans avoir effectué préalablement des travaux de viabilisation en bonne et due forme, à moins d’avoir bénéficié d’une complicité dans la haute administration.

Aujourd’hui, la demande de logements est telle que les agences de locations exigent une caution équivalente à trois voire quatre mois de loyer en plus des augmentations du loyer, ce qui revient à chasser loin de la ville les familles des couches populaires. Les travailleurs sont doublement pénalisés car l’éloignement du lieu de travail fait gonfler le budget du transport auquel s’ajoute l’augmentation de la fatigue liée au temps de transport.

La seule chose qui n’augmente pas c’est le salaire des travailleurs. Cela ne sera possible que si la classe ouvrière engage un combat déterminé contre le pouvoir en place et contre l’ensemble du patronat. Ce combat sera aussi celui de la grande majorité de la population qui souffre de ce système économique où une minorité de parasites et d’exploiteurs accapare les richesses alors que ceux qui les produisent croulent sous le poids de la misère.