Le pouvoir du dictateur Bozizé menacé par des rebelles

10 mars 2014

Centrafrique

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, François Bozizé a livré à la télévision centrafricaine son message de vœux à la population. Il a notamment parlé de la menace qui plane sur son pouvoir avec l’avancée des rebelles du mouvement Séléka. A ce propos, il a déclaré : « Grâce à l’armée tchadienne, vous me regardez aujourd’hui à la télévision. Sinon, Bangui serait aujourd’hui envahi. Merci à l’armée tchadienne, merci au président Idriss Déby Itno du Tchad ».

En effet quand des villes situées au nord ont commencé à tomber les unes après les autres aux mains des rebelles du mouvement Séléka, des bataillons tchadiens ont été dépêchés par Deby de l’autre côté de la frontière. Ils stationnent aujourd’hui dans la ville de Damara,

dernier verrou avant la capitale Bangui, situé à 75 kilomètres. En contrepartie il a poussé Bozizé à négocier avec les rebelles du mouvement Séléka, une organisation armée disparate, formée de plusieurs tendances politico-militaires d’opposition, dont les principaux dirigeants avaient fait partie de la mangeoire gouvernementale ou étaient d’anciens militaires ou d’anciens seigneurs de guerre. Un rendez-vous est pris pour le 10 janvier prochain à Libreville au Gabon pour la négociation entre Bozizé et Séléka.

Deby n’est pas le seul à voler au secours de Bozizé. Les pays qui font partie de la Force multinationale d’Afrique centrale (FOMAC) ont aussi envoyé des renforts à Bangui. Il s’agit du Gabon, du Congo-Brazzaville et du Cameroun : les soldats de ces trois pays seraient au nombre de 360. Avec les 400 soldats tchadiens déjà sur place, l’effectif de la FOMAC atteindrait 760 hommes. Déployée en Centrafrique depuis 2008, cette force régionale a pour mission d’aider les dictateurs de cette Afrique centrale à se maintenir au pouvoir contre la volonté de leurs peuples et contre toutes rebellions. Mais il faut aussi compter avec les 600 soldats de l’ancienne puissance coloniale française stationnés en permanence dans le pays. Officiellement leur mission est de veiller sur la sécurité des ressortissants français. Mais en réalité, c’est pour sauvegarder les intérêts des capitalistes, français en particulier, qui exploitent des travailleurs centrafricains. Il s’agit par exemple de Bouygues, d’Areva, de CEFAO et d’autres sociétés impliquées dans l’exploitation ou la commercialisation du diamant de Centrafrique.

Derrière Deby, il y a bien sûr cette ancienne puissance coloniale française. C’est sans doute avec l’aval du gouvernement français qui, cette fois, ne voulant pas engager directement ses propres forces présentes à Bangui, comme en 2006 pour venir au secours Bozizé, a demandé à Deby de le faire à sa place. Il a déjà aidé Bozizé à prendre le pouvoir lors du coup d’État de 2003 contre Ange Félix Patassé, (aujourd’hui décédé) ou encore à mettre fin aux rébellions dans le nord du pays en 2010.

Comme dans toutes les guerres, ce sont toujours les populations qui souffrent le plus. Si à Bangui, ce sont seulement quelques personnes qui quittent la ville, craignant pour leur vie, à Damara, c’est la panique. Les populations fuient par milliers, dans des conditions épouvantables.