Le gouvernement en butte aux revendications des Oromos

05 avril 2019

ÉTHIOPIE

Depuis environ deux mois, des partis qui prétendent représenter les aspirations du peuple oromo revendiquent que la ville Addis Abeba étant en plein dans leur région, soit considérée comme une ville Oromo et que la langue officielle soit leur langue. D’autre part ils veulent être les seuls à pouvoir bénéficier d’un certain nombre d’avantages liés à cette ville ; celui par exemple de pouvoir acquérir des logements, type HLM dans des bâtiments appelés Condominium.

En effet jusqu’ici tous les habitants d’Addis Abeba peuvent en principe acheter ces appartements en ayant versé au préalable une petite somme puis payer le restant tous les mois sous forme d’un petit loyer. Ce genre d’acquisition s’adresse plutôt aux petits bourgeois qui n’ont pas les moyens de se payer un logement correct. Tous les candidats doivent attendre le tirage au sort pour avoir l’appartement. Quant à la population pauvre, elle est chassée hors de la ville avec une petite somme pour se construire une baraque.

Si les Oromos réclament un appartement dans les Condominium, c’est que de nombreux paysans Oromos sont chassés de leurs terres, vendues à des riches et à des capitalistes pour une agriculture industrielle. Ils se sentent lésés. Du coup ils refusent que des appartements de la ville soient attribués à d’autres qu’eux. Pour montrer son intransigeance, un mouvement de jeunes Oromo, appelée Kéro, manifeste dans les rues. Certains déclarent même qu’il faudra passer sur leur cadavre pour s’installer dans les appartements.

Devant cette situation, les autres organisations sont montées au créneau pour dire que la ville d’Addis Abeba est la capitale d’Ethiopie, dans laquelle vivent des gens originaires de toutes les ethnies. Des journalistes, sortis hier de prison, entonnent le même refrain, mais ils ne tiennent pas compte des pauvres sans logements dans les autres villes du pays.

Le Premier ministre, Abiy Ahmed, est lui aussi intervenu, en prenant mille précautions car il est lui-même Oromo. La population de la ville est dans la crainte. Elle a peur d’une guerre à caractère ethnique. Les dirigeants aussi. Quant à Abiy, il s’acharne à calmer les esprits. Dans un an dit-il, il y aura des élections, et on discutera des meilleures solutions, y compris en changeant la constitution.

Les précédents dirigeants tigréens ont bien construit des logements. Ils ont amélioré les transports à la campagne et à la ville par la construction du tramway qui traverse la capitale de long en large. Mais ce sont eux aussi qui ont subdivisé le pays par ethnies. Ce véritable poison est à l’origine des mouvements ethniques actuels en Éthiopie.

Addis Abeba est une ville surpeuplée. Les dirigeants aujourd’hui continuent la construction de logements. On voit aussi des grandes tours diverses. La ville, siège de l’Union Africaine, prétend être l’une des grandes villes d’Afrique. Mais cela ne devrait pas empêcher les autorités de construire des logements sociaux dans les villes de province.

Car Oromos, Amharas et toutes les ethnies ont besoin de logements. Comme souvent, ce sont les populations pauvres qui sont lésées.