Des accords sans lendemain entre les mouvements rebelles et le gouvernement

17 septembre 2014

Mali

Les six groupes armés du nord du Mali qui participent depuis le 25 août, à Ouagadougou au Burkina, aux négociations de paix, en présence des représentants du gouvernement malien, sont parvenus à un accord après quatre jours de travaux. La seconde phase de négociations pour ratifier ce protocole d’accord se déroulera à Alger début septembre.

Selon cet accord conclu entre Bamako et le trio MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad), HCUA (Haut conseil pour l’unité de l’Azawad), MAA (Mouvement arabe de l’Azawad) et deux autres groupes rebelles réunis dans la CM-FPR (Coalition des mouvements et forces patriotiques de résistance et une branche dissidente du MAA), il est question de l’intégration dans l’armée des rebelles et ex-rebelles, de la promotion de certains à des grades supérieurs et de la nomination dans l’administration des cadres civils touaregs issus des mouvements armés. En contrepartie ces mouvements se sont engagés à ne pas remettre en cause le principe de l’« intégrité territoriale » et le caractère « républicain et laïc » de l’Etat malien.

Quelques jours avant la rencontre de Ouagadougou, Bamako a multiplié des gestes de sa bonne disposition envers les rebelles, par exemple, en libérant des prisonniers. C’est ainsi que l’on a libéré des criminels qui avaient commis de nombreuses atrocités au nord du Mali en 2012. C’est notamment le cas de l’ex-chef de la police islamique de Gao, Yoro OuldDaha et le juge islamique de Tombouctou, Ag Alfousseyni Houka Houka. Ces deux hommes avaient ordonné des arrestations suivies de tortures de toutes sortes, des amputations de membres, des lapidations, des lynchages, des exécutions à la hache et au coupe-coupe. Autre geste d’apaisement, le Premier ministre Mara Moussa a déclaré, en juillet, que «les rebelles seront réinsérés dans l’armée, dans la police, la gendarmerie et dans la garde nationale. 

Mais voilà que ce protocole d’accord a déjà pris du plomb dans l’aile. Une autre localité, Ménaka, située à 315 Km de Gao, est tombée sans combat sous le contrôle des groupes armés, dont le MNLA qui pourtant participe aux négociations. Le drapeau or, vert et rouge flotte sur Ménaka ; il est interdit aux radios de jouer de la musique manding ; les fonctions de police sont assurées par des rebelles en armes qui prélèvent des taxes sur les populations.

Cette occupation des lieux n’a suscité aucune réaction des dirigeants maliens ; les groupes rebelles semblent bénéficier du soutien tacite des forces Serval et de la Minusma ; quant à l’armée malienne, elle s’est retirée sans combat, à 2 km de la ville de Ménaka, et se fait très discrète.

Derrière le silence de Bamako et l’attitude couarde de l’armée malienne, se profile sans doute l’ombre du gouvernement français qui fait la pluie et le beau temps ; depuis le conflit au nord Mali, il semble soutenir le MNLA pour en faire un allié face aux autres groupes rebelles.

Dans ces conditions il est illusoire de penser qu’une paix définitive puisse surgir des accords de Ouagadougou ou d’Alger. Les accords antérieurs, de Tamanrasset en janvier 1991, ceux du Pacte national du 11 avril 1992 et d’Alger en juillet 2006 avaient fait long feu parce que les intérêts personnels des négociateurs des deux camps ont primé sur les intérêts des populations qu’ils prétendent incarner.

Il est de l’intérêt des masses pauvres du nord Mali qui souffrent en subissant les lois rétrogrades d’un autre âge des groupes rebelles ; il est aussi de l’intérêt des travailleurs de Bamako et d’autres villes du pays qui souffrent des conséquences de la guerre au Nord et qui sont victimes de la cherté de la vie, de se donner la main au de-là de leurs conceptions religieuses ou tribales, pour lutter ensemble pour leurs intérêts communs en tant que travailleurs, en tant que paysans pauvres. C’est-à-dire lutter aussi contre leurs ennemis communs qui sont les dirigeants locaux et l’impérialisme français qui les soutient.