Éditorial

Après les agents de la santé, ce sont les enseignants qui expriment leur juste colère contre l’État-employeur

30 novembre 2018

CÔTE D’IVOIRE

Après les agents de la santé qui ont arrêté de travailler durant une semaine (du 5 au 10 novembre), ce sont les enseignants du primaire et du secondaire qui se sont mis en grève à partir du 21 novembre. Les revendications tournent autour des mêmes questions : celles du relèvement des salaires, le versement des primes et une meilleure prise en compte de leurs conditions de travail.

Le gouvernement a cru pouvoir intimider les agents de la santé en procédant à l’arrestation de deux d’entre eux mais cela n’a fait que renforcer leur combativité. N’ayant pas réussi à faire reprendre le travail en brandissant le bâton, il a dû faire marche arrière en libérant les deux personnes arrêtées pour prôner ensuite le « dialogue et l’apaisement ».

Les dirigeants de la « Coordination » de 12 syndicats de la Santé impliqués dans le mouvement, n’attendaient que cela. Ils ont sauté sur la proposition gouvernementale de « s’asseoir autour d’une table » et appelé à la reprise du travail avant même d’avoir obtenu quelque chose de concret sur les revendications de la base. De nombreux grévistes ont protesté contre cette capitulation et ont déclaré qu’il fallait maintenir le mot d’ordre de grève y compris pendant les séances de négociations avec le gouvernement.

Mais les dirigeants de la Coordination ont préféré leurs intérêts de boutiques plutôt que de tenir compte des aspirations des grévistes. Par démagogie, ils ont déclaré que s’ils n’obtenaient pas satisfaction dans un délai de 15 jours, ils allaient reprendre le mouvement. Mais la grève ne se décrète pas par un claquement de doigts. En agissant de la sorte, ils n’ont fait que casser le mouvement de grève. Ils vont peut-être obtenir quelques subsides pour service rendu à l’État mais les agents de santé eux, risquent d’être les laissés-pour-compte.

Pour ce qui est de la grève des enseignants, le ministre de la Fonction publique a déjà déclaré qu’elle était illégale à cause du fait que certaines centrales syndicales avaient signé le « protocole de la trêve sociale » en août 2017, selon lequel ils s’engageaient à ne pas appeler à la grève durant une période de cinq ans. À la menace de poursuite judiciaire à l’encontre des grévistes, le ministre de la Fonction publique a ajouté celle du retrait sur salaire des journées de grève.

Mais la signature des bureaucrates syndicaux n’engage qu’eux-mêmes, pas les petits salariés de la fonction publique qu’ils prétendent représenter. Quand est-ce que ces signataires ont demandé l’avis des agents de la Santé, des enseignants et de nombreux autres petits employés qui, bien que travaillant pour l’État ne bénéficient pas du statut de fonctionnaire ?

Alors, illégale ou pas, la grève actuelle des enseignants est légitime, tout comme celle des agents de la Santé qui, bien qu’ayant repris le travail, n’ont pas encore dit leur dernier mot. Leur grève est légitime car ils sont tous victimes des bas salaires alors que le coût de la vie ne cesse de grimper.

C’est la même situation qui frappe les travailleurs du secteur privé, c’est le même combat contre la dégradation de nos conditions d’existence.