Le président agrandit la mangeoire pour acheter le silence de ses opposants

04 juin 2019

Mali

Suite à la crise gouvernementale qui s’est illustrée par la démission de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, le président malien IBK a nommé un nouveau Premier ministre (Boubou Cissé). Celui-ci est présenté comme quelqu’un de consensuel et qui n’appartient à aucun parti politique. Mission lui a été donnée de constituer un « gouvernement d’union nationale ». Le vocabulaire à la mode actuellement c’est : « Dialogue politique inclusif », « esprit patriotique », « unité nationale », « sacrifices pour le pays », etc.

Dans la situation actuelle où son pouvoir a des difficultés à faire face à une contestation sociale et politique qui hésite de moins en moins à descendre dans la rue (comme tout dernièrement à l’appel des imams), IBK cherche en effet une bouffée d’oxygène en amadouant les partis d’opposition par la distribution de portefeuilles ministériels. Et comme cette mangeoire gouvernementale n’est pas assez grande pour accueillir autant de convives, elle a été agrandie démesurément. L’État malien se retrouve aujourd’hui avec 38 ministres, autant de chefs de cabinets, conseillers et autres associés ministériels. Chacun aura donc sa part du gâteau et la bouche pleine en échange de son silence sur la politique du pouvoir.

Mais les enseignants qui revendiquent depuis plusieurs mois des augmentations de salaires et des améliorations de leurs conditions de travail, n’obtiennent rien du gouvernement. Celui-ci laisse pourrir la situation au risque de faire subir une année scolaire blanche aux élèves. À moins que ces derniers et les enseignants sortent aussi dans la rue pour exprimer leur colère et pour montrer à IBK qu’ils n’entendent pas se sacrifier pour lui faire plaisir.