Les magistrats en grève ne reculent pas devant les menaces du pouvoir

10 octobre 2018

Mali

Depuis le 27 août dernier, les magistrats maliens sont entrés en « grève illimitée » pour revendiquer des augmentations de salaire et une meilleure protection de leur personne dans l’exercice de leur fonction face à l’insécurité grandissante. Ils sont d’autant plus en colère qu’un accord a été conclu sur ces deux revendications en 2014 entre l’État et les principaux syndicats de la magistrature mais jusqu’à ce jour l’État n’a pas tenu ses promesses.

Le gouvernement a voulu récemment jouer les gros bras en annonçant le non versement des salaires du mois de septembre, mais cela n’a fait que mettre de l’huile sur le feu. Les magistrats ont durci leur mouvement en paralysant l’appareil judiciaire. Les tribunaux ne fonctionnent plus sur l’ensemble du pays ; la délivrance de documents tels que le casier judiciaire et autres papiers émanant de l’administration judiciaire est arrêtée. Cela pose des problèmes à l’État mais aussi aux personnes qui ont besoin de compléter un dossier par exemple.

Le gouvernement accuse les grévistes d’être responsables du report des élections législatives. Celles-ci étaient prévues pour le 28 octobre prochain mais sont reportées au 26 novembre. Les grévistes ne se laissent pas intimider par le pouvoir et exigent que les promesses qui leur ont été faites soient enfin concrétisées. Ils ne veulent plus se contenter d’une nouvelle promesse sans lendemain.

Rappelons que la dernière vague de grèves qui a secoué la fonction publique l’année dernière avait commencé par celle des magistrats. Elle avait fait tache d’huile et touché les employés de différents ministères, les agents hospitaliers et les enseignants entre autres. Des accords ont été signés ici et là pour faire reprendre le travail mais de nombreux points de ces accords n’ont pas vu un début d’application, c’est le cas pour les travailleurs des hôpitaux publics et des enseignants. L’arrogance et le mépris du gouvernement envers les petits fonctionnaires finiront peut-être par raviver les mécontentements et provoquer une nouvelle vague de grèves salutaire.