Le bras de fer entre le dictateur Déby et les fonctionnaires en grève continue

28 septembre 2019

Tchad

À l’occasion de la fête de la tabaski, Idriss Deby a fait le 20 août, un discours dans lequel il a notamment appelé les syndicats à prendre « conscience des effets induits de la crise sociale » en renonçant à leurs revendications. En clair, ils doivent mettre un terme aux grèves qui, ajoute-t-il, sont « contre-productives ».

Le secrétaire général de l’UST (Union des syndicats du Tchad) a réagi en déclarant: « Nous trouvons que c’est une injustice. Comme si nous, on devait payer le prix de la mauvaise gestion de notre pays ».

Rappelons que pour bénéficier de nouvelles aides financières, en particulier de la part des institutions internationales comme le FMI et la Banque mondiale, Deby a décidé unilatéralement de réduire, en janvier dernier, les salaires des fonctionnaires et agents de l’État ; de supprimer les primes et les indemnités auxquelles ils avaient droit.

Cette décision a provoqué un tollé de la part des syndicats, des partis politiques de l’opposition et de certaines associations. Plusieurs manifestations de protestations ont eu lieu sur tout le territoire, en particulier à Ndjamena, Moundou et Abéché.

Devant cette fronde des syndicats, devant les grèves à répétition et les manifestations de rue, le gouvernement a fait marche arrière en ravalant sa décision. Mais jusqu’aujourd’hui, les fonctionnaires et les agents de ne perçoivent toujours pas leurs salaires intégralement ni les primes et indemnités. Voilà pourquoi ils observent une « grève illimitée» Leur situation ne fait qu’empirer. Ils ont du mal à joindre les deux bouts, surtout en cette période de soudure.

Deux grévistes interrogés par une radio internationale, expriment leur ras-le-bol. L’un raconte : « On ne peut pas manger à sa faim comme avant. Par mois il faut que j’achète deux sacs de mil. Le sac, quand c’est moins cher, c’est 25.000 F (40 euros). Je n’ai pas pu payer. Aujourd’hui à l’heure où je vous parle, il n’y a rien comme mil à la maison ». Quant à l’autre gréviste : « Le prêt est devenu une routine à Ndjaména. On prend le découvert de la part des boutiquiers pour boucher un certain trou… »

La situation est d’autant plus grave que dans ce pays, comme ailleurs en Afrique, la vie de toute une famille nombreuse dépend parfois d’un seul salaire. Et quand ce salaire n’est pas versé durant plusieurs mois, les conséquences peuvent être catastrophiques pour la famille.

Mais ce n’est pas la misère pour tout le monde. Les dirigeants de l’État qui bénéficient du soutien de l’impérialisme français dont les troupes sont présentes au Tchad depuis février 1986, pillent les caisses publiques ; ils vivent fort bien, dans un luxe insolent par rapport à la pauvreté qui règne autour d’eux. C’est révoltant.