Pour défendre quels intérêts le nouveau gouvernement a-t-il été mis en place ?

10 mai 2016

Madagascar

Le Premier ministre limogé Jean Ravelonarivo, Général de brigade aérienne, a été remplacé par son ministre de l’Intérieur Olivier Mahafaly, qui cumule maintenant les deux fonctions. Le ministère du Travail et des lois sociales, quant à lui, a purement et simplement été supprimé, ce qui constitue une véritable déclaration de guerre à l’égard des travailleurs et des classes pauvres. Ce nouveau Premier ministre a déclaré être un « homme de combat » et a nommé des ministres correspondant selon lui à ce critère.

Ces derniers mois dans le pays, plusieurs grèves de travailleurs ont eu lieu. Il y a eu celle des salariés des mines de nickel et de cobalt à Ambatovy suivis par des salariés des entreprises œuvrant pour le compte du consortium minier Rio Tinto, à Tolagnaro (exploitation du minerai d’ilménite). Ces grèves n’ont pas été victorieuses mais elles ont bénéficié d’une popularité évidente auprès des travailleurs d’autres secteurs durement exploités par les patrons qui ont profité de la crise pour imposer leurs quatre volontés au personnel.

Il y a quelques jours, une révolte des employés d’une usine de confection à la capitale Antananarivo, contre l’attitude brutale de leur patron s’est soldée par la séquestration de celui-ci. Contrairement à son habitude en pareille circonstance, le commandant des forces de l’ordre dépêchées sur place, a adopté une attitude respectueuse et instauré un dialogue avec les travailleurs. La situation qui était explosive a été désamorcée et le patron évacué.

Le combat des quatre leaders syndicaux d’Air Madagascar continue. En ce moment ils observent un sit-in devant le siège de la compagnie à Analakely, en plein cœur de la capitale. Ils avaient été jetés à la porte à la suite d’une grève de quatre semaines entre juin et juillet 2015 et n’ont pas été repris par l’entreprise malgré la décision de justice qui leur avait donné raison. Des employés de cette société sont en train de joindre le mouvement.

Quelques habitants de la localité d’Andohatapenaka située sur la route de l’aéroport, qui ont subi la délocalisation sans dédommagement (pour la tenue du sommet de la Francophonie) étaient présents dans ce même endroit du centre de la capitale. Ils ont été joints par d’autres personnes qui ont été spoliées de leurs terres ancestrales par le gouvernement. Sous prétexte que ces personnes n’étaient pas en mesure de présenter des « titres » ou n’avaient pas procédé à des bornages, ces terres ont été accaparées ou achetées à vil prix par l’État qui les a ensuite cédées à des sociétés de constructions immobilières. Ces sociétés appartiennent à des riches « Karana », terme qui désigne l’émigration indo-pakistannaise établie à Madagascar depuis environ un siècle. Des sortes de villages privés, destinés à une clientèle richissime, sont ainsi bâties sur des collines entières autour d’Antananarivo.

Le difficile accès à l’eau traduit la pauvreté

Selon la JIRAMA, société qui gère l’eau et l’électricité, seuls 66 000 foyers, soit environ 400 000 personnes sur 1,9 million habitants de la capitale ont l’eau courante à domicile. Les autres doivent se contenter des 900 bornes fontaines disponibles dans leurs quartiers. Tous les jours les gens pauvres doivent faire la queue avec leurs bidons jaunes pour avoir de l’eau qui est payante, sans compter que ces bornes peuvent être éloignées de leur domicile.

Les denrées alimentaires s’exportent bien

Selon les chiffres de la presse, l’exportation des céréales, épices fruits et légumes au premier trimestre de cette année a atteint 25 700 tonnes, un chiffre en augmentation par rapport à la même période l’année dernière. La vanille, le girofle, le litchi, le cacao, le poivre sont des produits très prisés sur le marché international et leur production est en augmentation ces dernières années. Les riches capitalistes qui dominent ces « filières » mènent un grand train de vie, certains font partie du pouvoir, d’autres, d’origine étrangère ou pas, y ont leurs « hommes de paille » ou autres « valets » qui défendent leurs intérêts. Mais de toute façon leurs fortunes sont bâties sur l’exploitation des travailleurs et paysans pauvres.

Pour l’instant les grèves et les mobilisations pour toutes ces causes ne sont pas nombreuses et il n’est pas difficile de constater que le nouveau gouvernement y a dépêché plus de forces de l’ordre que de nombre de manifestants. Rien que là on voit bien que ce Premier ministre est bel et bien au service des riches. Mais tout le monde le savait et cela en dit long sur le chef de l’État lui-même, pour ceux des travailleurs qui n’en seraient pas persuadés.

Mais même faible, la mobilisation actuelle peut trouver un écho et donner des idées à d’autres et surtout aux travailleurs car leurs conditions se sont considérablement aggravées et cela à l’échelle de tout le pays.