Éditorial

Derrière les arrestations d’opposants politiques, le gouvernement cherche à intimider les travailleurs et les mécontents

22 février 2016

SÉNÉGAL

Ces dernières semaines, de nombreuses catégories de la population sénégalaise ont exprimé leur mécontentement contre la politique du gouvernement à leur égard. Les enseignants et les étudiants font partie des mécontents. Les premiers réclament une revalorisation de leurs salaires, de meilleures conditions de travail et de logement. Les seconds réclament de meilleures conditions d’études, du matériel, des cantines, etc.

A ceux-là ce sont ajoutés ces derniers jours, des transporteurs routiers et publics qui réclament une baisse des prix du carburant. Le 21 janvier dernier ce sont les agents municipaux qui ont manifesté à Dakar en marchant vers la Place de l’Obélisque pour réclamer entre autres, le payement régulier de leurs salaires, une couverture maladie pour tous, etc. Certains ont parfois six mois de retard de salaire, c’est intolérable. De plus, de nombreuses mairies, surtout à l’intérieur du pays, ne déclarent pas leurs employés à la caisse de vieillesse, si bien que lorsque ces derniers partent à la retraite, ils ne touchent rien.

Il y a quelques jours, ce sont les petits vendeurs de rue et les petits commerçants du quartier Sandaga (au Plateau) qui se sont affrontés aux forces de l’ordre car ils étaient sommés de quitter ce quartier pour aller s’installer dans un endroit plus loin et plus isolé des passants.

Les autorités n’hésitent pas à utiliser la manière forte pour dissuader les mécontents d’exprimer leur colère dans la rue. De nombreuses arrestations ont eu lieu.

Le PDS, parti politique de l’ex-président Wade, devenu depuis 2012 le principal parti d’opposition après douze ans de pouvoir, tente de capitaliser ce mouvement de mécontentement populaire à son profit. Mais l’actuel président Macky Sall (lui-même issu du PDS) n’entend pas lui faciliter la tâche ; il multiplie les arrestations parmi des partisans de son concurrent. Tous les prétextes sont bons pour coffrer les récalcitrants : «Offense au chef de l’État, atteinte à la sûreté de l’État, trouble à l’ordre public, rassemblement interdit, diffusion de fausses nouvelles, dégradation, vol, coups et blessures … ». Depuis 2012, 42 membres ou proches du PDS sont passés en prison ; certains y sont toujours. Parmi eux, certains sont de grands voleurs de deniers publics (c’est le cas de Karim Wade et de quelques un de ses comparses), mais d’autres ont été arrêtés pour des motifs fallacieux.

En procédant à ce genre d’intimidation et d’arrestation dans les rangs de l’opposition, l’objectif du gouvernement est double : museler le principal parti d’opposition et montrer aux travailleurs mécontents de leurs salaires de misère et de la dégradation de leurs conditions d’existence qu’il n’entend pas céder à la pression de la rue.

Les travailleurs, s’ils veulent obtenir gain de cause, ont intérêt à se mobiliser sans faire confiance aux promesses sans lendemain du gouvernement ni se bercer d’illusion sur les démagogies du PDS qui est lui aussi un ennemi des travailleurs.