Sommet de la francophonie à Dakar : répression contre les pauvres et interdiction de manifester

27 novembre 2014

SÉNÉGAL

A l’occasion du 15ème sommet de la Francophonie qui doit se tenir à Dakar à la fin de ce mois de novembre, le gouvernement sénégalais et les autorités municipales de la capitale mettent les bouchées doubles pour que la ville d’accueil apparaisse devant les caméras de télévision comme une ville calme, propre et accueillante.

Pour cela, le gouvernement a décidé d’aménager les abords de certaines artères de la capitale, d’arracher les mauvaises herbes, de ramasser les détritus, mais aussi de débarrasser le centre-ville des mendiants et des petits vendeurs qui risquent de gâcher le paysage des hôtes de luxe qui sont attendus.

Des policiers et des employés municipaux ont été mobilisés massivement pour participer à « l’opération de désencombrement ». C’est ainsi que dans plusieurs rues du quartier du Plateau (Carnot, Jules Ferry, Joseph Gomis, Ponty, etc), des petits vendeurs ont été brutalisés. Certains n’ont même pas eu le temps de ramasser leur marchandise.

Mais aux abords du pont de la Patte d’Oie, les petits commerçants ont réagi devant la brutalité des forces de l’ordre. Ils ont investi la rue et brûlé des pneus sur la route menant vers la passerelle. Ils ont raison de ne pas se laisser faire, d’autant plus que c’est grâce à cette petite activité de commerce le long des rues qu’ils parviennent tant bien que mal à survivre, sinon ils crèveraient de faim.

Ces opérations de « déguerpissement » (c’est le terme utilisé par les autorités) ne datent pas d’aujourd’hui. Elles se pratiquent depuis l’époque de Senghor. A chaque fois que Dakar doit abriter une conférence internationale, les autorités politiques ont coutume de rafler les mendiants de la ville et de les parquer loin des yeux et des caméras. Et puis, une fois les festivités terminées, ce qu’on a voulu cacher un temps revient au galop car il n’a jamais été question de trouver ne serait-ce qu’un début de remède à la question de la misère et de la mendicité mais tout juste d’y mettre provisoirement un voile.

Tous les gouvernements qui se sont succédé ont eu recours aux mêmes pratiques. Et plus les années passent, plus le nombre de mendiants et de petits vendeurs de rue augmente. La seule solution que les pouvoirs successifs ont trouvé, c’est d’augmenter la répression contre les pauvres.

Cette année-ci, la trouvaille de Macky Sall c’est, en plus de la répression contre les pauvres, d’interdire toute manifestation publique du 10 novembre au 5 décembre. Son objectif c’est de museler ses opposants politiques, en particulier ceux du PDS de l’ex-président Wade qui pourraient être tentés de profiter du sommet de la Francophonie pour occuper la rue et dénoncer l’emprisonnement de Karim Wade (pour « enrichissement illicite »).

L’interdiction n’a pas du tout empêché le PDS de faire une marche de protestation et de tenir un meeting public à la Place de l’Obélisque le 21 novembre. Et si le gouvernement a fini par tolérer ce qu’il venait d’interdire, c’est parce qu’il sait que la menace de répression ne fait que renforcer l’envie des partisans de Wade de défier le pouvoir de Macky Sall.

D’autres organisations politiques, et associations de Défense de Droits de l’Homme envisagent de profiter du sommet de la Francophonie pour tenir un « contre-sommet » et dénoncer cet avatar de la « Françafrique » caché derrière le paravent culturel du « partage de la langue française ».