Une intervention qui accroîtra encore le chaos

03 octobre 2014

Moyen-orient

(Nous reproduisons ci-dessous un article paru dans l’hebdomadaire trotskiste du 26 Septembre 2014, de nos camarades de Lutte Ouvrière).

Dans la nuit du 22 au 23 septembre, l’aviation américaine a bombardé pour la première fois des positions de « l’État islamique » en Syrie, alors que, depuis le 8 août, date du début de l’intervention américaine, les frappes aériennes n’avaient touché que le territoire irakien.

Les États-Unis ont eu l’accord de l’ensemble des pays impérialistes et d’un bon nombre de pays arabes, le Bahreïn, le Qatar, la Jordanie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. L’impérialisme américain a entraîné ainsi ses « alliés » dans une énième intervention dans cette partie du monde, après celles de 1991 et de 2003, qui ont justement créé les conditions du chaos actuel.

Cela fait des mois que se poursuit l’avancée des milices de l’ « État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) qui se proclame désormais simplement « État islamique » (EI). Les conséquences sont dramatiques pour la population des zones conquises. 130 000 Syriens, en majorité kurdes, ont fui la ville de Kobané (Aïn al-Arab en arabe) au Kurdistan, attaquée par les milices de l’EI, vers la ville de Suruç située à la frontière turque, se heurtant à l’armée d’Ankara. En Irak, l’offensive de l’EI dans la région nord-ouest a fait fuir les populations irakiennes par centaines de milliers, trouvant pour tout refuge des camps précaires où tout manque, eau, nourriture, médicaments.

La situation devient chaque jour plus inextricable et le chaos menace de s’étendre aux autres pays de la région. EI impose aux populations des territoires conquis une dictature moyenâgeuse, décapitant, coupant les mains, réduisant les femmes en esclavage. On comprend que les populations qui subissent cette barbarie voient dans l’intervention américaine un secours, au moins provisoire. Mais il n’y a malheureusement rien de bon à en attendre.

Ce n’est pas le sort de la population civile qui préoccupe les dirigeants impérialistes, mais les affaires des grands groupes capitalistes que cette instabilité pourrait menacer. Il faut se souvenir que toutes les interventions impérialistes, depuis le découpage du Moyen-Orient projeté en 1916 entre France et Angleterre jusqu’à aujourd’hui, n’ont fait qu’aggraver la situation. L’impérialisme à chaque fois a cherché à diviser pour régner. Il s’est appuyé sur les forces les plus réactionnaires, en toute connaissance de cause, pour maintenir sa domination politique et économique. Il ne pourra sortir de ses nouvelles interventions que de nouvelles divisions, de nouvelles contradictions opposant peut-être des forces encore plus barbares: la situation de l’Afghanistan, que l’impérialisme américain devait sauver des intégristes, est là pour le rappeler.

L’impérialisme, qui se présente aujourd’hui en sauveur des populations victimes de la barbarie, en est le premier. À bas l’impérialisme !