Le gouvernement réprime des manifestations

27 décembre 2015

ÉTHIOPIE

L’Éthiopie est une République fédérale composée de huit régions autonomes, chacune avec son propre président. L’Oromia est la plus peuplée de ces régions. Les autorités de cet État sont en constant conflit avec le gouvernement d’Addis-Abeba. Elles considèrent que le pouvoir central décide de tout sans leur demander leur avis. Et la contestation dans cet État existe depuis des décennies. Il y a une organisation d’opposition, dans la clandestinité, qui agit dans le milieu intellectuel petit bourgeois mais a peu d’influence parmi les paysans formant la majorité de la population.

Depuis quelques années, dans toutes les régions, l’État central a procédé à la vente de centaines de milliers d’hectares de terre fertile agricole à des financiers capitalistes internationaux en chassant les paysans. Ces terres sont vendues avec de vagues promesses d’embauche qui se sont avérées par la suite complètement trompeuses.

Récemment, les autorités éthiopiennes ont dû faire face au mécontentement de la population de l’Oromia, proche d’Addis-Abeba, la capitale. Celle-ci n’est pas contente de la décision du gouvernement central qui pour agrandir la ville, a lancé son nouveau projet appelé « Master Plan ». Il veut profiter de cette occasion pour s’accaparer des terres agricoles. Les paysans ne veulent pas être délogés de leur terre. C’est leur gagne-pain. Ce programme a déclenché des mouvements de protestation. Rejoints par les populations de villes environnantes, les paysans ont manifesté pour s’y opposer. Pour toute réponse, les autorités ont envoyé la police et l’armée pour les réprimer. Il y a eu plus de 70 morts, selon le chiffre officiel. Il faut croire que ce chiffre est loin de la réalité.

Loin de calmer le conflit, cela a entrainé le soutien des étudiants d’Addis-Abeba au mouvement. Il faut dire que la majorité des jeunes sont chômeurs. Les jeunes diplômés restent chez eux sans travail, à la charge de leurs parents. Ils voient les villes s’agrandir avec l’embellissement des rues et des immeubles qui se construisent, des boutiques modernes pleines de marchandises qui brillent mais qu’ils ne peuvent pas acheter. Certes les plus futés survivent avec des petits boulots quand ils en ont l’occasion. Dans tous les cas il y a tous les ingrédients pour manifester sa colère.

Là encore la police a bastonné les jeunes et fermé l’université pendant un certain temps. Dans les grandes villes de l’Oromia comme Jimma, Wolliso et Ambo, les populations et les étudiants ont soutenu aussi les manifestations de paysans. Et dans la situation actuelle ce ne sont pas seulement les pauvres qui sont touchés mais aussi les paysans plus aisés. Là aussi l’armée et la police sont intervenues pour réprimer.

Il s’avère que dans les manifestations ce sont des drapeaux régionalistes qui sont mis en avant avec des mots d’ordre réclamant plus d’autonomie.

L’État en place répond à ce mécontentement par la répression. D’autant plus durement que la clique actuelle au pouvoir veut s’y maintenir. Il n’y a aucune liberté d’expression ni d’organisation. Seuls sont permis les journaux muselés, les partis et les syndicats qui ne contestent pas le pouvoir. Comme la classe ouvrière est importante et non négligeable dans ce pays, il faut espérer que dans l’avenir elle aura son mot à dire.