Il y a 50 ans, l’assassinat de Malcom X

22 avril 2015

ÉTATS-UNIS

A qui profite le crime ?

Malcom Little, prit le nom de Malcom X pour rompre avec son nom d’esclave emprunté à un maître. Il fut l’un des leaders noirs les plus connus et l’un des plus radicaux dans l’histoire des mouvements de lutte des Noirs pour les droits civiques et contre la ségrégation aux États-Unis. Subissant, comme tous les Noirs, le racisme et la ségrégation, Malcom X s’est opposé à la société américaine qui favorisait les discriminations, les injustices et les inégalités envers la population noire. Il fut assassiné le 21 février 1965, alors qu’il prononçait un discours lors d’une réunion publique, dans le quartier noir de Harlem. Qui a éliminé Malcom X ? On a

soupçonné ses anciens amis, les musulmans noirs (nommés Black muslims ou Nation de l’Islam) d’avoir commandité le meurtre. Il existe encore un flou sur les responsables de son assassinat. Cependant, on peut dire qu’il était surveillé de près par les services secrets américains dont le FBI (Bureau Fédéral d’Investigation). A cette époque, le directeur du FBI, Edgar Hoover, était un anticommuniste et un raciste notoire. Il se peut qu’il y ait eu une collaboration entre le FBI et les Black muslims pour éliminer Malcom X. Dans tous les cas, posons nous la question «à qui profite le crime» ? et la réponse est claire : il profite au pouvoir politique américain.

Une société minée par le racisme

Le racisme est une des expressions du système capitalisme et du colonialisme. Avant l’esclavage des Noirs, le racisme anti noir n’existait pas. Il a commencé à partir du moment où le capitalisme a eu besoin économiquement de soumettre les Noirs à l’esclavage et de le justifier en disant que les Noirs n’étaient pas des hommes. Après l’abolition de l’esclavage aux États-Unis et jusque dans les années 1960, le capitalisme s’est nourri du racisme et de la division qu’il entretenait entre les travailleurs Noirs et Blancs pour continuer à faire des profits. Pour cela, tout un système de ségrégation raciale a été mis en place. Les représentants politiques ont commencé par mettre en place des lois pour interdire et limiter ou empêcher le droit de vote des Noirs. Ceux qui osaient s’opposer étaient lynchés, voire assassinés par les membres du Ku-Klux-Klan (KKK). Le KKK est une organisation d’extrême droite, raciste, qui prône la supériorité de la race blanche. Il veillait à ce que la ségrégation soit bien respectée. Aucun mélange des races n’était admis dans les écoles, les restaurants, les magasins, les toilettes, dans les quartiers et même dans les usines jusque dans les années 60 du vingtième siècle. Par exemple, dans les autobus urbains, les Noirs n’avaient le droit de s’installer qu’à l’arrière des bus, et les Blancs à l’avant. Quand tous les sièges à l’avant étaient pris, les Noirs assis au milieu du bus devaient céder leurs places aux Blancs. La plupart des Noirs vivaient dans des quartiers pauvres, dans des petites maisons délabrées, sans électricité.

Les raisons de l’engagement politique de Malcom X

La vie du jeune Malcom X ressemblait à celle que vivaient beaucoup de jeunes Noirs. Son père a été tué par une organisation de Blancs racistes. Puis, suite à la dégradation de la santé mentale de sa mère, il fut pris en charge par l’Assistance publique. Ensuite, une fois affranchi de ses tuteurs, il se retrouva dans le ghetto de Harlem, où il s’adonna à la drogue et sombra dans la délinquance. Il passa sept années en prison où il se cultiva. Et c’est en prison qu’il rencontra les Musulmans noirs. A sa sortie, il se convertit à l’Islam. Malcom X était révolté par la situation des Noirs. Il s’affirma comme un guide politique et un excellent orateur qui avait réussi à attirer les foules. Il organisa la branche d’auto-défense armée des Musulmans noirs. Puis, peu à peu, il prit ses distances avec eux.

Malcom X, de l’Islam noir américain à une vision anti impérialiste mondiale

La direction du mouvement profita d’un discours que Malcom X avait tenu après l’assassinat du Président Kennedy pour l’exclure de l’organisation. Malcom X devenait dangereux pour eux, car il s’éloignait des idées sectaires, racistes et simplistes de la Nation de l’Islam. Cette organisation prônait la supériorité de la race noire, et exigeait un État séparé des Blancs pour les Noirs américains. En réalité, la Nation de l’Islam était une organisation affairiste qui voulait avoir le monopole des activités économiques dans les ghettos et les quartiers noirs, afin d’y faire des affaires. Actuellement, le représentant des Musulmans noirs Louis Farrakhan est devenu multimillionnaire en se servant des difficultés des Noirs dans ces quartiers pauvres où ils subissaient le racisme. Malcom X prit de plus en plus ses distances en affirmant ses désaccords. Il tint de plus en plus un langage révolutionnaire anticapitaliste et anti-impérialiste. Les deux voyages qu’il fit en Afrique en 1964 lui permirent de comprendre le mouvement de décolonisation sur ce continent. Il identifia la lutte des Noirs américains à celle des peuples africains qui voulaient se libérer des pays impérialistes. Il soutint que les Noirs des États-Unis avaient pour alliés tous les décolonisés du monde. Malcom X était aussi en désaccord avec Martin Luther King qui prônait la non-violence. Il a déclaré : «en ce qui concerne la non-violence, il est criminel d’enseigner à un homme de ne pas se défendre quand il est la victime d’attaques brutales». Il a aussi dit : «Je crois qu’il y aura un affrontement entre ceux qui veulent la liberté, la justice et l’égalité pour tout le monde et ceux qui veulent continuer les systèmes d’exploitation».

Les Noirs américains : une position particulière pour les révolutions à venir

Mais, le pouvoir n’a pas donné à Malcom X le temps d’approfondir ces idées et son action. L’État américain ne pouvait tolérer un tel dirigeant qui intervenait alors même que le mouvement de masse noir était en pleine ascension. Ce sont des millions de Noirs révoltés par le racisme et la ségrégation qui ébranlèrent à cette période le pouvoir américain. Des milliers manifestaient dans les rues. Dans les années soixante, il y a eu des centaines de révoltes dans plusieurs villes comme à Los Angeles, à Harlem, Rochester, Philadelphie, Cleveland, Chicago, Detroit etc. Malcom X, comme d’autres leaders des luttes des Noirs, représentait un danger potentiel pour l’État américain. C’est la raison pour laquelle Malcom X, Martin Luther King, puis plusieurs dirigeants des Black Panthers ont été éliminés par le pouvoir. Ces derniers, après Malcom X, militaient pour l’auto-défense armée des Noirs face à une police blanche raciste. Ils patrouillaient armés dans les ghettos pour se faire respecter. Tous ces militants devaient servir d’exemple pour tous ceux qui voulaient suivre cette voie. Les luttes pour la reconnaissance des droits civiques et pour mettre un terme à la ségrégation ont porté quelques fruits. Elles ont permis à une couche petite bourgeoise noire d’émerger. Des Noirs ont réussi à avoir des postes dans les hautes fonctions politiques et administratives de l’État jusqu’à l’élection d’un président noir, Barack Obama. Mais son élection à la tête de l’État n’a pas mis fin au racisme, au chômage, à la pauvreté, à l’exclusion des Noirs. Ce sont surtout les Noirs qui sont les plus poursuivis par la justice. Ce sont eux aussi qui sont les plus visés par les balles des policiers. Il n’y a pas si longtemps, à Ferguson, la population noire s’est mobilisée contre l’assassinat raciste d’un jeune, perpétré par la police blanche. Depuis la crise financière de 2008, les injustices, la répression policière, s’am
plifient, et la situation des masses laborieuses, en particulier celle des Noirs, ne cesse de se dégrader. C’est le capitalisme qui est responsable de la misère, de l’oppression dans ce pays où parallèlement il y a le plus grand nombre de riches au monde. Les masses laborieuses noires reprendront le chemin des luttes, mais cette fois-ci pour leur émancipation, avec tous les autres travailleurs, blancs et latinos notamment pour le renversement de cette société capitaliste. Dans le pays le plus riche du monde, ce serait aussi un grand espoir pour l’émancipation des travailleurs du monde entier.