Les motos-taxis ne se laissent pas faire

24 mars 2015

Tchad

Du jour au lendemain, le gouvernement tchadien a décidé, unilatéralement, de rendre le port du casque obligatoire pour les taxis-motos dans tout le pays, en particulier à Moundou, Sarh et Ndjaména.

Les motos-taxis sont pour la plupart des jeunes qui se débrouillent avec leur moto pour transporter une voire deux personnes. Ainsi ces jeunes parviennent à payer leurs études, les frais de scolarité qui augmentent d’année en année, et aussi pour se nourrir tant bien que mal. Cette activité constitue leur seul gagne-pain. Les obliger à acheter un casque constitue des frais supplémentaires difficilement supportables à cause de leurs moyens financiers très limités.

Alors l’annonce de cette décision ils ont manifesté leur mécontentement. A Ndjaména, ils sillonnaient les rues, arrachant les casques des motos-taxis qui circulaient ou brûlant des cars dont la plupart appartenaient à la famille présidentielle.

Comme d’habitude, au lieu de satisfaire les revendications des manifestants, Idriss Deby a plutôt envoyé des éléments de sa garde présidentielle pour réprimer. Il y a eu un mort selon le gouvernement mais radio-trottoir parle de plusieurs personnes tuées.

Le port du casque, bien sûr, permet de protéger les conducteurs de motos-taxis en cas d’accident. Chacun sait que les accidents sont très nombreux dans les rues de Ndjaména ; la circulation est très mauvaise, les feux rouges sont rares ; de plus les automobilistes ou autres usagers ne respectent pas, en général, le code de la route. Nombreux sont les gens qui circulent sans « permis de conduire ».

Mais c’est la manière de l’imposer, sans délai, et surtout sans consultation qui a choqué, et qui a poussé les motos-taxis à se rebeller.

Derrière cette décision, il y a aussi le souci de faire plaisir aux taximen qui se plaignent tout le temps de la concurrence des taxis-motos dont le succès s’accroît. Ils sont rapides, car ils circulent entre les voitures en cas bouchon ; ils déposent les clients au pas de leur porte en passant par des ruelles étroites des quartiers populaires ; parfois, ils aident leurs clients en portant leurs affaires. Services que ne peuvent rendre les taximen ou autres minicars (qui transportent entre six à douze personnes).

Jusqu’à présent le gouvernement n’a pas réussi à interdire l’exercice des motos-taxis; à plusieurs reprises il l’a essayé mais a reculé devant leur réaction : ils occupaient les rues, brûlaient des pneus pour empêcher les taximen de circuler ; ils les arrêtaient et faisaient descendre les clients, et les laissaient partir sans payer. Ne pouvant mettre fin à ce travail, il a fini par le régulariser. Les motos-taxis ont créé leur syndicat dans toutes les grandes villes.

Pour le moment la tension entre les motos-taxis et le gouvernement semble retomber; on ne sait pas encore si les autorités vont réussir ou pas à imposer le port du casque. Mais ce que l’on peut constater, c’est que les récentes manifestations dans le pays ont été réprimées dans le sang. A Doba il y a eu des morts parmi les candidats malheureux au bac qui voulaient le repasser ; à Sarh et à Moundou, travailleurs et étudiants manifestaient pour l’augmentation de salaires et protestaient contre la pénurie du pétrole qui faisait doubler voire tripler le prix à la pompe.

Le gouvernement ne sait qu’utiliser la force au lieu de satisfaire les revendications des manifestants. C’est un régime dictatorial et sanguinaire ; les travailleurs, les petites gens et les étudiants ont mille fois raison de le contester.