Attaque sur la frontière ouest : un mélange explosif de problème foncier et de milices armées et affamées

06 mars 2014

CÔTE D’IVOIRE

Un village situé à 3 km du fleuve Cavally, à 50 kilomètres de Blolequin, a été attaqué par un groupe d’hommes armés, dans la nuit du 12 au 13 mars. Il semble que les assaillants sont venus de l’autre côté du fleuve, du Libéria. Il y a entre 8 et 11 morts : parmi eux, 7 ressortissants burkinabés dont une femme, tous tailladés à la machette. Deux Frci en faction dans ce village ont été aussi tués. Des maisons ont été brûlées et des boutiques pillées.

Il s’agit là d’une énième attaque depuis la fin de la guerre. Comment s’en étonner, quand on sait que cette région Ouest a été le lieu de plusieurs conflits fonciers à relent ethniste, faisant des morts à chaque fois, depuis plusieurs années ? Ensuite, depuis 2002, cette région est passée successivement sous le contrôle de plusieurs bandes armées : celle de feu Robert Guéi, celle des milices pro-Gbagbo, avant de passer entre les mains des bandes armées de Soro Guillaume. Ce passage est à chaque fois accompagné de massacres de populations, de villages brûlés, de règlements de comptes et de pillages. Le conflit foncier s’est ainsi aggravé au fil des ans.

Alors on peut toujours disserter sur l’origine des assaillants et l’objet de leurs attaques, comme le font les journaux, selon qu’ils soient verts, bleus ou rouges.

Ce qui est certain, c’est que depuis la fin de la guerre, des milices armées sont dans la nature, particulièrement dans cette région forestière vagabondant dans le no man’s land situé entre le Libéria et la Côte d’Ivoire. De plus, les populations guéré, originaires de cette région, se sentent dépossédées de leur terre. Nombre d’entre elles ont fui leurs villages et même la Côte d’Ivoire, de peur pour leur vie, tant la tension est toujours grande, la haine présente et le problème de la terre non résolu.

Tant que cette situation perdure, comment s’étonner que ce genre d’attaque armée ne se reproduise régulièrement ? En attendant, les populations qui habitent dans ces régions vivent dans la peur permanente de vengeance et de représailles.

La présence des Frci dans cette région, du fait qu’elles étaient elles-mêmes à l’origine une milice nordiste et partisane, ne fait qu’aggraver une situation déjà difficile.