Élections municipales et régionales : luttes entre rapaces pour la mangeoire !

27 février 2014

CÔTE D’IVOIRE

Les élections municipales et régionales qui viennent de se tenir étaient une foire d’empoigne entre prétendants à la mangeoire, comme les élections présidentielles qui les avaient précédées. Tous les coups étaient permis. Les plus forts l’ont emporté. Le FPI, le parti de Gbagbo, n’a pas participé à ces élections, ayant appelé au boycott.

Le taux de participation à l’échelle nationale est de 44% pour les régionales et 36% pour les municipales. Quand on compare ces résultats avec ceux obtenus aux dernières élections locales qui datent de 2001-2002, plus de dix ans auparavant, on peut constater que l’impact du boycott appelé par le FPI est quasi nul. En 2001-2002, c’était le FPI qui était au pouvoir. Aucun parti n’avait alors appelé au boycott. Le taux de participation avait été alors moins important pour les élections régionales (28%, contre 44% cette fois-ci). Le taux est sensiblement le même, à 3% près, pour les élections municipales.

Pour ces élections locales, comme c’était le cas pour les présidentielles, il ne faut pas chercher une base idéologique différente entre les uns et les autres. Leur assise est fondamentalement ethniste, clientéliste et souvent mafieuse. S’il y a à boire et à manger pour le candidat gagnant, il y en aura aussi un peur pour sa petite clique.

Le plus souvent, la sélection des candidats par leurs partis respectifs, pour ne parler que ceux du Pdci et du Rdr, s’est aussi effectuée sur une base clientéliste. Du coup, face à ces candidats « parachutés » se sont aussi présentés d’autres issus de ces mêmes partis mais en concurrence avec les candidats officiels. Ceux-là, se sont présentés sous l’étiquette de « candidats indépendants », tout juste le temps d’une élection, pour arborer à nouveau le drapeau du Pdci ou du Rdr, une fois la farce électorale terminée. Dans la grande majorité des cas, ce sont ces candidats dits indépendants qui ont emporté la victoire ; le candidat officiel n’ayant pas le plus souvent une assise locale suffisante pour s’imposer. L’exemple le plus éloquent est celui du Secrétaire général du Rdr, Amadou Soumahoro. Il a perdu à Séguéla face à un adversaire qui était lui aussi issu du même parti.

Si le positionnement à la mangeoire était donc une tâche bien difficile au sein d’un même parti, on peut alors deviner la bagarre de chiffonniers qu’il y a eu au sein du Rhdp qui, rappelons-le, regroupe essentiellement le Pdci de Konan Bédié et le Rdr d’Alassane Ouattara. Leur alliance a failli, dit-on, exploser à cette occasion. Dans bien des localités, en face du candidat du Rhdp, il y avait aussi un candidat du Pdci et un autre du Rdr se présentant sous l’étiquette de candidat « indépendant ».

Au final, à l’échelle nationale, ce sont ces candidats dits indépendants qui sont arrivés en tête, suivis du Rdr et du Pdci. Mais globalement c’est tout de même le Rdr de Ouattara qui l’a emporté.

A l’image des élections présidentielles, tous les coups étaient permis : triches, bourrages d’urnes, achats d’électeurs, usage de violence, etc.

Ainsi, à Yamoussoukro, le commissaire de la Cei locale (Commission électorale indépendante), un propriétaire de pharmacie, a été attrapé avec des cartes d’électeurs et des cartes d’identité dans son sac. A Koumassi, les partisans armés de Cissé Bakongo (un haut dirigeant du Rdr et actuel ministre de l’Enseignement supérieur ont semé la peur dans les rues de cette commune, telle une bande de gangsters qu’ils sont, parce que leur candidat (Bakongo) a été battu par le maire sortant.

A Treichville, le multimilliardaire, candidat sortant du Pdci, Amichia François, s’est imposé en procédant à des bourrages et des vols d’urnes, comme d’ailleurs son adversaire malheureux du Rdr.

Au Plateau, à Port-Bouët et à Abobo, les maires sortants l’ont emporté, même ceux qui n’ont rien fait de bon durant leur mandat. C’est le cas de la commune d’Abobo, avec son maire issu du Rdr (depuis plus de 10 ans), qui cumule actuellement les fonctions lucratives de député, maire et ministre des Mines. Malgré l’état délabré de cette commune, ce candidat l’a emporté haut la main face à ses adversaires. Et pour cause !

A Bangolo, c’est un lieutenant de douane qui s’est illustré. Il s’agit du fils d’un ex-député de la région. Ayant été à bonne école, il a fait des dons à tous les villages de sa circonscription, en arrosant les chefs de villages en bœufs, en tôles et en chevrons de bois. Sauf qu’à ce jeu, il a certainement trouvé plus offrants que lui. Ayant alors perdu les élections, il aurait aussitôt envoyé ses sbires récupérer les « dons », en tout cas ce qui pouvait encore l’être.

Du côté Fpi, la situation n’était pas moins loufoque. Le parti a appelé au boycott. Mais dans les localités où son représentant local estimait qu’il avait une chance de l’emporter, il se présentait sous l’étiquette « indépendant ». C’est ainsi qu’une quinzaine de dirigeants du Fpi ont été élus et aussi exclus du parti.

A l’issue de ces élections, Ouattara a dit que la forte participation des candidats indépendants « montre l’émergence et le dynamisme de la démocratie ». Il a aussi indiqué aux heureux élus qu’ « ils n’auront plus à aller soudoyer des personnes pour obtenir leurs budgets. En revanche, leur aurait-il indiqué, aucun détournement de fonds ne sera toléré ». Tâche bien difficile, quand on sait qu’eux tous sont justement là pour ça !