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LES GRÉVISTES D’AMBATOVY ONT REPRIS LE TRAVAIL MAIS N’ONT PAS DIT LEUR DERNIER MOT

MADAGASCAR

Après plus d’un mois de leur mouvement de grève débuté le 16 mars dernier, les salariés de la mine de nickel et de cobalt d’Ambatovy, une exploitation appartenant à un consortium canadien, japonais et sud-coréen, située à environ 80 km d’Antananarivo, ont repris le travail. La grève a été déclenchée suite au refus de la direction d’évacuer vers un centre hospitalier de la capitale un travailleur victime d’un malaise grave survenu dans la zone du chantier. La direction s’est contentée de l’évacuer vers l’hôpital de Moramanga, un endroit pas du tout équipé pour traiter l’accident vasculaire cérébral qui frappait le travailleur. Malgré la gravité de la maladie et l’urgence de la situation, la société minière avait abandonné le travailleur à son sort, ce sont les employés qui ont dû cotiser pour affréter un véhicule spécialisé afin d’évacuer le patient là où il le fallait ; la procédure a traîné et le malade a fini par perdre la vie. Beaucoup de travailleurs pensaient qu’il aurait été évacué par hélicoptère vers un centre adéquat.

Cette situation révoltante a suscité à juste raison la colère des travailleurs et déclenché la grève. Ils dénoncent un mauvais traitement et une discrimination à l’égard des nationaux puisque lorsqu’il s’agit d’un cadre, ingénieur ou technicien étranger expatrié, la direction fait généralement preuve de beaucoup plus de considération.

Devant la détermination des grévistes et le blocage de la situation, l’Etat a pris les choses en main : les négociations se sont poursuivies à la capitale, au Ministère du Travail.

Les grévistes ont dans la foulée réclamé des améliorations de leurs conditions de travail et des augmentations de salaires. Ceux-ci ne sont certes pas les plus bas du pays mais ils n’ont pas été réajustés. Signalons que le SMIG a été porté récemment à 133 000 Ariary (environ 44 euros) au lieu de 124 000 auparavant. Par ailleurs la direction de la mine affiche sa satisfaction d’extraire 60 000 tonnes de nickel et 5000 tonnes de cobalt par an dans son unité de traitement située à Toamasina à 220 km au sud-est. Elle prévoit même d’être en mesure d’augmenter cette production au-delà de ses propres estimations initiales.

Le mouvement de grève d’Ambatovy n’a pas réussi à entraîner la majorité des travailleurs de ce site et encore moins à s’étendre au centre de traitement du minerai. Il ne reste pas moins que le mécontentement demeure dans les deux sites appartenant à la même société et que les non grévistes se sentent solidaires de leurs camarades en lutte.

En fin de compte le travail a repris le 23 avril sur la base d’engagement de la direction de ne pas sanctionner ceux qu’elle appelle avec mépris les « meneurs ». Des promesses d’amélioration des conditions de travail ont été faites mais les journées de grève ne seront pas rémunérées ; les prélèvements pour fait de grève seront étalés sur trois ans.

Les rois de la mine s’en sortent à bon compte grâce à l’aide des dirigeants de l’Etat qui n’est pas neutre puisqu’il bénéficie de cette manne au prorata de la quantité produite. Tous ces gens ont raison de ne pas crier victoire : ils savent que les problèmes ne sont pas résolus et que les travailleurs qui viennent de faire une démonstration de leur force, pourraient rééditer ça en mieux aussitôt que l’occasion se présentera.


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