UATCI

LES TRAVAILLEURS ET LES CLASSES PAUVRES FACE AU DURCISSEMENT DU RÉGIME

MADAGASCAR

Le régime actuel ne connaît que le langage de la force, mais malgré cela de plus en plus de travailleurs relèvent le défi. Il y a à peine quelques mois, les salariés, les saisonniers et les métayers exploités par la sucrerie de Morondava, une grande ville située sur la côte ouest, s’étaient battus vaillamment contre leurs exploiteurs.

Dans la foulée à l’échelle nationale les employés du Trésor public se sont mis en grève durablement. Les tenants du régime ont là aussi fait usage de la force et remplacé le directeur général, par un homme encore plus à poigne. Les grévistes n’ont pas dit leur dernier mot et même s’ils ont été manu militari dispersés la veille du week-end, tout laisse supposer que le travail ne reprendra pas lundi 16 mars.

Les employés des services fonciers publics sont eux aussi en grève ainsi que ceux du service du domaine. On peut également citer la lutte des greffiers, que le pouvoir fait lanterner en créant une commission pour étudier leurs doléances.

Il n’y a pas que les employés de l’État qui sont en mouvement actuellement. Dans la ville de Mahajanga les conducteurs des bajaj (sortes de poussepousses à moteur), bien que n’étant pas des salariés mais des locataires de ces véhicules, sont en grève à la fois contre leurs propriétaires et contre les pouvoirs publics. Ces derniers mettent trop souvent ces véhicules en fourrière, privant ainsi ces conducteurs de leur gagne pain. Ils sont plus de 1200 dans cette ville. Ce sont les riches propriétaires qui profitent de cette sorte de business.

La saison des pluies arrive à sa fin, mais un nombre inhabituellement élevé de personnes sont sinistrées, d’autres ont péri, emportées par la furie des éléments lors du passage de deux tempêtes tropicales ( Chezda et Fundi) lors de cette saison pluvieuse.

Lorsqu’ils existent, les réseaux d’évacuation des eaux usagées sont vétustes puisqu’ils datent pour une grande part, de l’époque coloniale. Non seulement les pouvoirs publics ne font pas grand’chose pour améliorer la situation, mais au contraire ils pointent du doigt les constructions jugées illicites et utilisent les bulldozers pour raser les habitations construites à flanc de colline ou/et en zone inondable, sans du tout se préoccuper du relogement des personnes. Les responsables politiques relayés par les médias se contentent de faire croire que « tout le monde est responsable » ou que c’est la faute aux « citoyens qui jettent tout dans les caniveaux ». Les gouvernants et les dirigeants politiques sont du côté des privilégiés et eux ne sont nullement touchés par cette situation désastreuse pour les sinistrés. Ils se contentent de se donner bonne conscience en faisant don de quelques sacs de riz, de légumes secs, de bougies pour s’éclairer, etc… Cette année encore ce n’est essentiellement que grâce à la solidarité familiale ou au bénévolat du voisinage et des proches, que des personnes sinistrées ont réussi à survivre.

L’avidité des classes riches qui vident les caisses de l’État se fait au détriment de l’entretien des routes. Celles-ci se dégradent à tel point que leurs propres camions chargés de collecter puis d’acheminer les fruits et légumes produits depuis la région du Vakinankaratra (Antsirabe), vers la capitale Antananarivo, se trouvent englués dans la boue. Ce qui constitue pour eux un manque à gagner en termes de profits.

Dans l’extrême sud du pays la pluviométrie était insuffisante et encore plus faible que les années précédentes. Du fait de la sécheresse, les villageois ont fini par manger les semences et à se débarrasser du cheptel de zébus à très vil prix avant que les bêtes ne meurent, pour survivre. Cela aura pour conséquence une aggravation de la famine. Les autorités se contentent d’annoncer comme chaque année qu’elles ont l’intention de procéder à des forages de puits. Ceux-ci voient rarement le jour. L’eau se vend par bidons de 20 litres et actuellement son prix est monté en flèche, aux alentours de 1000 ariary (0,3 euro) le contenu de chaque bidon. Beaucoup n’ont pas de revenus, certains meurent de soif.

Les anciens dirigeants qui se sont succédé à la tête de l’État font actuellement de la démagogie bon-marché en voulant organiser un téléthon pour collecter de l’argent, des vivres, des couvertures, etc. pour parer au plus pressé. Ils savent que la population est généreuse, ils n’ont même pas honte de profiter de la détresse des sinistrés pour se faire de la publicité pour eux-mêmes et pour leur formation politique. Mais même ce téléthon est pour le moment interdit par les dirigeants actuels qui veulent sans doute montrer par-là que c’est eux qui commandent.

Eh bien espérons que les luttes des travailleurs et la colère des petites gens s’approfondiront et qu’en même temps leur conscience s’élèvera pour que ces luttes ne soient pas dévoyées à nouveau vers une impasse.


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