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APRÈS LA DÉROUTE DE L’ARMÉE MALIENNE À KIDAL

MALI

Le Premier ministre malien, Moussa Mara, a voulu faire de sa visite officielle du 17 mai dernier à Kidal, une démonstration de la prise en main par l’Etat malien de ce bastion du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad). Cette démonstration de force s’est transformée en fiasco total. A peine a-t-il posé le pied au siège du gouvernorat de Kidal, pourtant bien gardé par un contingent de l’armée malienne, qu’il a été attaqué par les hommes armés du MNLA. Il y a eu plusieurs morts du côté des militaires maliens. Un préfet et un sou- préfet ont également été tués. Certaines personnalités officielles et des militaires ont été capturés et emmenés comme prisonniers par le MNLA.

A Bamako, cette attaque du MNLA a provoqué une poussée de fièvre nationaliste, plus particulièrement dans le milieu de la petite bourgeoisie partisan du "Mali, un et indivisible". Aussitôt, des manifestations plus ou moins spontanées ont eu lieu à Bamako pour soutenir l’armée malienne. Certains ont crié leur colère contre la Minusma (Force de l’ONU au Mali) mais aussi contre les forces françaises de Serval qui, selon eux, ne veulent pas désarmer le MNLA.

Encouragés par cette poussée nationaliste, certains généraux de l’armée malienne se sont sentis pousser des ailes. Trois jours après leur échec à Kidal, ils ont voulu jouer aux gros bras en tentant de reprendre possession des bâtiments de l’État malien à Kidal. Ce fut une nouvelle débâcle lamentable. Plusieurs dizaines de soldats y ont perdu la vie. L’armée a fait surtout la démonstration de son impuissance face aux mouvements indépendantistes touaregs.

Le président malien lui-même reconnait que cette aventure militaire à Kidal a été une erreur et parle de privilégier plutôt la poursuite des "négociations" engagées avec le MNLA et les autres mouvements indépendantistes, selon les accords signés à Ouagadougou le 13 juin 2013.

Ce n’est pas la première fois que l’armée malienne essuie un échec au Nord du Mali. On se rappelle de ses cuisantes défaites à Aguel’hoc, Ménaka et Tessalit lors des affrontements avec les forces rebelles. Les "vaillants soldats" (comme les qualifie la presse malienne pro-gouvernementale) ont détalé comme des lapins devant les assauts des groupes armés du MNLA, abandonnant armes et bagages. Rappelons que ce sont les officiers les plus fanfarons qui ont détalé les premiers, suivis par les soldats de base. C’est peut-être l’envie de prendre la revanche sur les humiliations qu’ils ont subies qui a poussé certains généraux de l’armée malienne à tenter de reprendre Kidal. Cette nouvelle débandade va peut-être obliger certains va-t-en-guerre à réfléchir par deux fois avant de lancer une nouvelle offensive.

Il est difficile de savoir ce qui se mijote au sein de l’état-major de l’armée malienne et au sommet de l’appareil d’État. Certains ne veulent probablement pas entendre parler de "négociation" avec le MNLA. Mais entre leur envie d’en découdre et leur capacité de la réaliser, il y a un fossé qui ne dépend pas que d’eux. Le vrai maître de la politique du gouvernement malien reste avant tout l’ancienne puissance coloniale. C’est elle qui dicte au président malien la politique qu’il doit mener. Cela provoque quelques grincements de dents et cela se voit parfois à travers des manifestations de rue plus ou moins téléguidées par le pouvoir.

Après ce nouveau fiasco à Kidal, des nouvelles manifestations de soutien à l’armée ont eu lieu à Bamako. A l’appel de l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM), des milliers de Maliens ont marché le 22 mai vers la Primature à Bamako pour apporter leur soutien à l’armée et au gouvernement. Dans son discours devant le Premier ministre, le secrétaire général de l’UNTM, au nom des travailleurs maliens, a vanté le courage de l’armée, approuvé son coup de force à Kidal et il a surtout dit tout haut ce que le gouvernement malien pense tout bas de l’attitude de la France et de l’ONU au Mali.

Les travailleurs maliens n’ont aucun intérêt à approuver les discours nationalistes et anti-touareg de ceux qui prétendent parler en leur nom. Prendre la défense de l’État malien et de l’armée malienne, c’est tendre le bâton aux ennemis des travailleurs et des petits paysans. C’est encourager et applaudir cette bande de voleurs et d’assassins qui dirige ce pays. Dans cette situation où le nationalisme et le chauvinisme gagnent du terrain, les travailleurs ont plutôt intérêt à mettre en avant ce qui les unit par de-là leur région ou leur ethnie d’origine. Ils ont des revendications spécifiques du monde du travail à mettre en avant, comme l’augmentation des salaires, l’amélioration de leurs conditions d’existence, la lutte contre le détournement des fonds publics et la corruption, l’amélioration des écoles publiques, des hôpitaux publics, des infrastructures d’eau potable, etc. Mais au lieu d’aider les travailleurs à mettre en avant ces revendications, c’est-à-dire de les aider à combattre le gouvernement qui est le premier responsable de cette situation, les dirigeants de l’UNTM cherchent plutôt à jouer aux lèches-bottes des ennemis des travailleurs.


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