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GRÈVES ET DIVERSES MANIFESTATIONS DE MÉCONTENTEMENT SE MULTIPLIENT

TCHAD

Depuis un certain temps, des grèves et diverses manifestations hostiles au gouvernement, aussi bien dans le secteur public que celui du privé, se multiplient dans le pays. En voici quelques exemples :

Le 14 mars dernier, le syndicat national des Médecins tchadiens a appelé à observer une grève de deux jours pour protester contre l’assassinat crapuleux, à Ndjaména, en plein jour, d’un médecin, par des criminels qui se sont emparés de sa moto. Des dirigeants de ce syndicat qui ont été reçus par le Premier ministre, ont exigé que justice soit rendue.

Le 19 mai, ce sont les avocats qui sont entrés en grève pour protester contre les poursuites à l’encontre des confrères et un huissier, accusés à tort, d’escroquerie dans le cadre d’un conflit social.

Récemment, une centaine de réfugiés tchadiens refoulés de la Centrafrique, mal accueillis, ont occupé pendant quelques heures, une radio de la capitale pour manifester leur mécontentement et témoigner de leurs conditions déplorables dans des camps.

Mais la grève qui a fait tache d’huile est celle des travailleurs du secteur pétrolier : le 9 mars, plus d’un millier d’employés des entreprises du pétrole de Bongor et de Moundou (au sud du Tchad) sont de nouveau entrés en grève pour réclamer cette fois, essentiellement, une augmentation de salaire qui leur a été promise lors des négociations passées. Un délégué du syndicat des travailleurs au sein des entreprises chinoises explique : « Nous sommes encore repartis à la table des négociations, et là, les gens nous ont fait une proposition de 2 % sur notre salaire. Or nous, on a demandé 200 %. Par rapport à ce qu’on a demandé, leur proposition c’est une injure à notre égard. Et on ne peut pas accepter. Quand on quitte Ndjamena pour le chantier, c’est 400 kilomètres. Et là, les gens nous donnent 3 000 francs pour ces trajets. Et c’est avec ça qu’on doit payer le taxi de chez nous jusqu’au bureau, et puis prendre la route pour le chantier. Et avec 3 000 francs ça ne peut pas marcher ».

Rappelons que les travailleurs de ce secteur pétrolier avaient décidé en janvier 2013 d’élire leurs délégués pour leur permettre de mener légalement leurs luttes. Mais la direction avait refusé de reconnaître leurs représentants. Ils s’étaient mis en grève de trois jours reconductibles, pour la reconnaissance des délégués, mais aussi l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail, la revalorisation des salaires de 200% et le départ de certains directeurs hostiles à la mise en place d’un syndicat.

Au troisième jour de grève, la direction avait accepté de négocier ; elle avait reconnu les représentants des travailleurs et promis d’augmenter les salaires. Mais jusqu’à présent, elle n’a rien fait. Alors le 9 mai dernier, les travailleurs sont repartis en grève.

Ce sont les conditions de vie difficiles qui poussent les travailleurs à manifester pour des augmentations de salaires. Les prix des produits de base tels que le mil, le riz, la viande ou le poisson sur les marchés continuent de grimper alors que les salaires ne suivent pas. Le smig porté par décret présidentiel en de 30.000 franc CFA à 60.000 CFA n’est pas appliqué dans les faits. Si les travailleurs et les petites gens vivent dans la misère, ce n’est pas le cas d’une petite couche de parasites privilégiés qui, grâce aux détournements des retombées des revenus pétroliers, vivent dans un luxe insolent. Un nouveau quartier de ces « nouveaux riches » est construit de toutes pièces au nord de la capitale. Dans ce quartier l’électricité et l’eau potable ne manquent pas, jour comme nuit, alors que dans les anciens et nouveaux quartiers populaires, le courant et l’eau potable manquent ou n’existent pas.

Les travailleurs ne baissent pas les bras ; ils continuent de se battre pour les augmentations des salaires et l’amélioration de leurs conditions de vie. Mais les patrons et les dirigeants politiques à leur service refusent de les satisfaire. Peut-être qu’il faudrait un coup de colère du monde du travail et des catégories sociales déshéritées, leur faire peur, pour les obliger à satisfaire leurs revendications légitimes.


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