UATCI

GRÉVE DES TRAVAILLEURS DE « AXE TEMPORAIRE » : LA DÉTERMINATION A PAYE

CÔTE D’IVOIRE

Axe Temporaire (ex Ecoci) est une entreprise qui sous-traite des travaux avec la Sotaci. Elle emploie une soixantaine de travailleurs. Le travail consiste à mettre les pointes dans les paquets de 1kg. Ensuite, il faut les ranger dans des cartons. Il faut 50 paquets par carton. Et c’est ce carton qui est payé à 100F. Ce travail, ils le font dans des conditions difficiles. Non seulement, personne ne peut gagner ne serait-ce que 2000 F par jour, il n’y a aucune protection contre les accidents. Le travail se fait sans gants, ni chaussures de sécurité. Il n’y a même pas de cache-nez contre la poussière. Ceux qui tombent malades, c’est tant pis pour eux.

Les travailleurs sont entrés en grève pour protester contre leur situation. Voici ce que raconte un des grévistes :

« Dès le premier jour de la grève, le patron nous a envoyé balader. Son représentant nous a dit qu’ils n’avaient rien à discuter avec nous. Les jours qui ont suivi, c’était toujours du mépris vis-à-vis de nous. Ensuite, c’était des menaces de renvoi. Comme cela ne faisait pas d’effet, la direction a tenté de briser la grève en cherchant à nous diviser. Comme nous sommes restés solidaires, elle a commencé à recruter de nouvelles personnes pour nous remplacer. Malgré toutes ces manigances, deux semaines après, la production n’avait toujours pas redémarré. Et pendant tout ce temps, la direction continuait de jouer au jeu de cache-cache avec nous. Nous avons même envoyé une délégation pour la rencontrer, au siège de « Axe Temporaire » au Plateau. Nos collègues ont passé toute la journée au pied de l’immeuble et ce n’est que tard dans l’après-midi qu’ils furent reçus. D’ailleurs, c’était pour leur dire de venir nous exhorter à reprendre le travail. Ils nous bernaient en nous disant que leur marge bénéficiaire étant très mince, ils ne peuvent rien faire. A l’annonce de cet échec de la négociation, nous nous sommes réunis et, ensemble, toujours mobilisés et déterminés, nous avons décidé de continuer le mouvement de grève.

Au bout de la troisième semaine de grève, d’autres structures de sous-traitance au sein de la Sotaci ont commencé à prendre contact avec nous. Pendant toute la journée du mardi 29 octobre, nous avons négocié. Il y a eu des avancées en ce qui concerne les augmentations mais nous ne sommes pas tombés d’accord du fait qu’ils ne voulaient pas l’ensemble des travailleurs. Alors que ce point n’était pas à négocier. Ou bien l’ensemble des 60 travailleurs ou rien, c’était notre préalable. Dans l’après-midi, nous avons profité de ce contact pour jouer sur la corde de la concurrence en informant notre direction que nous sommes en négociation avec d’autres structures.

C’est à l’annonce de cette nouvelle, que la direction est promptement revenue à la raison, en nous proposant la reprise de la négociation. Le lendemain mercredi 30 octobre, une nouvelle négociation s’est ouverte entre nous. Cette fois-ci, les rapports de force, s’ils n’ont pas totalement changé de camp, ils s’étaient quand même équilibrés. Ainsi, la direction a concédé une augmentation de 25% et, pour ce qui concerne les autres points de revendications à savoir : la prise en charge des maladies et accidents de travail, ou encore le matériel de protection comme les chaussures de sécurité, les gants et les boîtes de lait, elle a promis y faire face dans l’immédiat. »

Cette victoire est certes, une petite victoire par rapport au cent pour cent d’augmentation que les travailleurs demandaient. Par rapport aussi à ce que les patrons se mettent plein les poches comme profits. Mais, elle est à saluer car elle montre la voie aux travailleurs que s’ils sont mobilisés et déterminés, ils peuvent faire inverser le rapport de forces en leur faveur.


| Accueil du site | Espace privé |

     RSS fr RSSLe journal : le pouvoir aux travailleurs Côte d’Ivoire RSSCôte d’Ivoire, Numéros de l’année 2013 RSSNuméro 195 du 10 Novembre 2013   ?