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BÂTIMENT : LES TRAVAILLEURS DU 3ème PONT MONTRENT LE CHEMIN

CÔTE D’IVOIRE

Les travailleurs qui construisent le 3ème pont d’Abidjan reliant la commune de Cocody à celle de Marcory ont marqué un arrêt de travail de 2 jours dans la première semaine du mois d’octobre, pour protester contre leurs conditions de travail et de vie.

Ce mouvement a commencé le lundi 07 octobre de manière spontanée avec seulement les travailleurs du groupe Bouygues. Il faut rappeler que pour la construction du pont et de ses deux échangeurs, le groupe Bouygues a fait appel à de la sous-traitance de plusieurs autres entreprises comme Béro, Trévi, Batim-ci etc. Ensuite, Bouygues a créé une entreprise fictive dénommée SACPRM (Société Anonyme pour la Construction du Pont Riviéra-Marcory).

Le premier jour de grève, tous les chantiers ne furent pas bloqués car les travailleurs des entreprises de sous-traitance ont timidement continué le travail. Mais tout le monde avait ras-le-bol, surtout ces derniers qui sont payés avec des salaires un peu plus bas. Ces derniers ont d’ailleurs commencé aussi à se manifester. Ceux de Batim-ci par exemple, ont saisi l’occasion pour déposer une liste de revendications auprès de leur patron.

Le lendemain mardi, pour donner un peu de contenu à leur arrêt de travail, les grévistes ont interdit à tout le monde de faire quoi que ce soit sur les trois sites du chantier à savoir le pont et les deux échangeurs. La direction voyant l’ampleur du mouvement, a vite fait de chercher à calmer les travailleurs en leur proposant une prime de transport de 10.000F. Ensuite, elle exigea de reprendre le travail, pour continuer la négociation une semaine après.

Le jeudi 17, la négociation reprenait effectivement, pour donner réponse aux autres points de la revendication. Cette fois-ci, comme le travail avait repris, la direction a purement fait de la diversion avec les représentants des grévistes. Non seulement elle a fait appel à un inspecteur de travail, mais en plus elle s’est fait appuyer par la présence des policiers. Pour commencer la négociation, elle projeta un documentaire où le gouvernement donne le niveau de vie d’un travailleur moyen. Et en conclusion elle a déclaré que ce qu’elle paye est déjà au-dessus de la moyenne. Ensuite, comme d’habitude, l’inspecteur a condamné la grève, la traitant d’illégale sans toute fois condamner l’exploitation illégale des patrons. Quant à la police, elle jouait le rôle de garant de l’ordre avec les menaces de répressions en cas d’autres mouvements. En fin de compte, après plus de 4 heures de débat inutile et ennuyeux, la direction céda encore 10.000F. Au total, les travailleurs obtinrent en tout, 20.000 F sur les 80.000 F qu’ils réclamaient.

Les travailleurs ont trouvé insuffisant les 25% parce que le niveau de vie aujourd’hui avec les prix qui ne cessent d’augmenter, demande même plus que les 80 000 francs qu’ils exigeaient. Et cette grève doit servir de leçon pour les travailleurs que soit du bâtiment comme partout ailleurs. Car, si le patron a cédé rapidement sur les 10.000F de prime de transport, c’est parce que tout était bloqué. Mais, une semaine après, rien ne le faisait trembler, tout fonctionnait normalement, alors il pouvait procéder par la diversion et l’intimidation comme il l’a fait. C’est une précieuse leçon qui sera utile pour les futures luttes.


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