UATCI

LES CONDITIONS INHUMAINES DE TRAVAIL DES ÉBOUEURS

CÔTE D’IVOIRE

Toutes les entreprises de ramassage d’ordures de la place, sans exception, traitent leurs employés avec le même mépris. Voici le témoignage de deux travailleurs :

« Je travaille à MBH. Notre entreprise est une petite boîte par sa taille car elle n’emploie qu’une douzaine de travailleurs ou tout au plus 14 personnes. Mais si par sa taille elle est petite, par son rendement elle se porte bien. Dès le début, nous avons commencé avec deux engins et aujourd’hui nous sommes à 4, après deux ans. De deux voyages par jour, par équipe, nous sommes passés à trois voyages. Mais malgré toutes ces avancées notables et visibles dans la production et donc dans le profit que fait la direction, nos conditions de travail et de vie sont restées les mêmes. Notre salaire est fixé et figé 70.000 F, salaire que nous ne percevons pas la totalité tous les mois. Aucune prise en charge pour les malades ni même pour les accidentés de travail. Nous ne sommes pas déclarés à la Cnps, nous n’avons pas droit à des congés annuels. Nous sommes payés dans des registres qu’on ne retrouve plus à la prochaine paie. C’est un intermédiaire qui vient s’adresser à nous ou qui emmène nos salaires les fins du mois. Nous avons dressé une liste de revendications mais nous ne savons à qui adresser… »

« Chez nous à SI2E, le problème le plus récurent est le salaire qui vient moitié tous les mois. Malgré nos grognes, malgré les belles promesses de la direction, rien ne change. Elle nous doit aujourd’hui plusieurs mois de demi-salaire. Même à la veille de la fête de Tabaski passé, elle n’a pas pu tenir sa promesse de nous verser la totalité de notre paie. Elle nous a eu à l’usure car il ne restait qu’un jour avant la fête. Malgré le mécontentement grandissant, la majorité d’entre nous, étant des musulmans, les miettes valaient mieux que de rester les mains vides. Donc c’est avec la rage au cœur que nous avons touché ces miettes.

Aujourd’hui, c’est plusieurs collègues parmi nous qui sont malades mais qui ne sont pas pris en compte par l’entreprise. Le fait aussi que nous n’avions pas de couverture sociale à la Cnps ou d’une assurance privée, fait que les accidentés sont livrés à eux. Pour le moment, la direction a le dessus, car elle finit toujours par nous intimider avec des menaces de renvoi. Mais plus les jours passent, plus la colère monte et, tôt ou tard, elle finira par exploser car nous en avons maintenant jusqu’à la gorge. »

Dans ce secteur d’activité, c’est le nom des entreprises qui diffère. Quant à l’exploitation des travailleurs, aux conditions misérables dans lesquelles les patrons les jettent, eux et leurs familles, c’est pareil. Mais cela représente aussi un avantage pour les travailleurs de ce secteur car ils peuvent unir facilement leur force, s’ils se donnent les moyens, pour ensemble, mener un combat contre ces tyrans de la poubelle.


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