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LE CYCLONE, LA MISÈRE ET LA CORRUPTION FONT DES RAVAGES DANS LE SUD-OUEST DESHERITÉ

MADAGASCAR

Selon la télévision du pays et selon les dires des habitants des régions du sud-ouest (province de Toliara) durement frappés par le passage du cyclone Haruna en fin février, il y aurait eu au moins 20 morts et plusieurs dizaines de blessés alors que le nombre des sinistrés avoisinerait les 20 mille personnes. Ce bilan est très approximatif et la réalité pourrait dépasser de loin les chiffres annoncés car de nombreux villages isolés en temps normal le sont encore plus en cette saison de pluies.

A plusieurs endroits la digue de la rivière Fiherena qui passe à quelques kilomètres de la ville de Toliara, a lâché ainsi que le barrage de Sakaraha, une ville importante et agricole située à une centaine de kms de Toliara, anéantissant 1500 ha de rizières.

Les gens se sont secourus mutuellement. Des pêcheurs vezo ont donné leur énergie et prêté leurs pirogues pour sauver des vies de la noyade dans les eaux boueuses des faubourgs de Toliara. Malgré ce que prétendent les autorités, peu de secours de l’Etat ont été déployés et les rares qui l’ont été ne sont arrivés qu’au compte gouttes et plusieurs jours après le cataclysme. Faute d’endroits mis à leur disposition, les personnes sinistrées se sont agglutinées essentiellement sur les tribunes et les gradins surélevés du stade Andaboly.

Pour calmer la colère de toutes ces personnes et celle de toute la population pauvre qui vit des moments difficiles particulièrement en cette saison, le président Andry Rajoelina flanqué de deux ministres, a fait le déplacement par avion depuis la capitale. Le président est resté deux jours à Toliara et promis de faire son possible pour venir en aide aux victimes et réparer la digue. Suite à cette visite, un appel à contribution des citoyens a été lancé, relayé par la télévision nationale et la radio. Beaucoup de personnes à travers tout le pays, essentiellement des gens pauvres, ont donné de l’argent, du riz, des couvertures etc.

Des organismes tels que le PAM et CARE international, ont largué quelques vivres dans les localités très isolées de l’extrême sud, cela reste à vérifier. La France a fait don de quelques dizaines de tonnes de nourriture, apportées depuis l’Île de la Réunion par un bateau au port de Toliara. La situation dans laquelle cette population pauvre est plongée s’aggrave car la majorité d’entre elle ne voit pas ou peu la couleur de ces aides. Mais cela n’est pas vraiment étonnant dans ce pays où les fonctionnaires ne touchent pas régulièrement leur salaire et où la corruption est partout. « Charité bien ordonnée commence par soi-même » dit l’adage. Les hauts fonctionnaires sont généralement coutumiers de cette pratique.

L’aide internationale est évoquée et le Téléthon aurait permis de débloquer de l’argent. Quel volume représentent ces aides ? Où sont stockés les vivres et les produits de base, s’ils existent ? Qui est chargé de les dispatcher ? Comment faire pour s’en sortir et où aller alors que leurs habitations sont emportées par les flots boueux porteurs de maladies ?

Au moment où nous écrivons, de nombreuses personnes sont toujours parquées au stade, n’ayant pas d’autre lieu susceptible de servir d’abri. Nombre de personnes sont agacées et en colère, surtout à l’égard des autorités locales et des chefs des fokontany (communautés regroupant des quartiers ou des villages). Les victimes considèrent que ces chefs manquent de transparence et d’explications à leur égard afin de mieux détourner les aides lorsque celles-ci arrivent.

Les solutions pour recaser les sinistrés existent. En cette saison les hôtels pour touristes sont vides et donc en mesure d’héberger un certain nombre de sans abris ne serait-ce que durant quelques semaines, le temps que la boue soit déblayée. Les commerçants et autres notables de toutes sortes qui ont pignon sur rue le long des grandes artères bien au sec du centre ville pourraient être mis à contribution. Tous ces gens ont des habitations spacieuses susceptibles d’accueillir un certain nombre de personnes. Il y a aussi quelques entrepôts proches du port qui, en cette saison cyclonique peu propice au trafic maritime, pourraient servir temporairement d’abris. Ces structures appartiennent à des sociétés connues à Antananarivo, la capitale et pourraient être réquisitionnés. Les véhicules 4x4 liés au tourisme sont actuellement inutilisés et donc en mesure d’acheminer vivres, dons et personnes, là où c’est nécessaire.

L’Etat n’a pas beaucoup de moyens à débloquer pour cette catastrophe ? Peut-être. Mais les personnes qui veulent travailler ne manquent pas dans cette région. L’Etat et les collectivités locales, s’ils étaient réellement au service de la population pauvre, pourraient faire appel à l’énergie des masses et organiseraient les travaux de remises en état et de reconstructions nécessaires pour que personne ne soit abandonné à son sort.

De façon générale, lors de leurs tournées, les dirigeants se contentent de faire de beaux discours. L’épouse du président actuel (lui-même un homme d’affaire) a acquis un certain savoir faire lors des tournées de son mari. Cela consiste à rendre visite à des maternités dépourvues du minimum et à poser au chevet des femmes des classes pauvres venues y accoucher. Les reporters télés et les plumitifs au service du couple présidentiel ne sont pas avares de fournir des commentaires élogieux devant la grandeur d’âme que constitue à leurs yeux la gracieuse remise de quelques sacs de nourriture à la maternité, au nom personnel de la première dame.

En ce moment, l’ambiance est électrique dans la province de Toliara et c’est peut-être pour ça qu’on ne l’a pas beaucoup vue dans les parages, pour ses œuvres de dame patronnesse.


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