UATCI

CONTROVERSE À PROPOS DU NIL

EGYPTE-ETHIOPIE

Le 20 juin dernier, les ministres en charge de l’eau des pays du bassin du Nil étaient réunis à Juba, capitale du Soudan du Sud. C’est à cette occasion que l’Ethiopie a officialisé sa décision de construire un barrage hydroélectrique gigantesque sur le Nil Bleu. Le chantier a débuté depuis un certain temps. La réaction de l’Egypte a été rapide. Elle proteste énergiquement parce que ce projet remet en question les accords qui la lient à l’Ethiopie et au Soudan sur le partage des eaux du Nil.

Le Nil est le fleuve le plus long du monde. Une de ses sources provient du lac Victoria (Ouganda, Kenya et Tanzanie). Il parcourt environ 6700 km jusqu’à son embouchure en Egypte, en passant par le Soudan. Une autre principale source se trouve en Ethiopie : c’est le lac Tana. C’est là que commence le Nil Bleu ; c’est le plus important par ses apports en débit d’eau et en alluvions fertiles. Depuis des millénaires, les rives riches du Nil ont vu naître des civilisations parmi les plus florissantes de l’histoire de l’Humanité. Et même jusqu’à nos jours le Soudan et surtout l’Egypte doivent leur production agricole à l’exploitation du bassin du fleuve.

Le premier accord sur le partage des eaux du Nil date de 1929. Il est signé entre l’Égypte et la Grande-Bretagne, qui contrôle alors le Soudan, l’Ouganda, le Kenya et l’actuelle Tanzanie. Il accorde 48 milliards de m3 d’eau à l’Egypte et 4 milliards au Soudan. L’Egypte bénéficie également du droit de veto sur toute construction en amont susceptible de réduire le débit de l’eau. Quant à l’Ethiopie, pays indépendant, elle était trop faible à cette époque-là pour défendre ses intérêts sur le partage des eaux du Nil.

En 1959, après l’indépendance du Soudan un nouvel accord est signé entre l’Égypte et le Soudan. 55,5 milliards de m3 sont attribués à l’Égypte et 18,5 au Soudan. L’accord donne à l’Égypte le droit de construire le barrage d’Assouan (qui ne sera réalisé qu’en 1970).

Ces deux accords sont toujours en vigueur aujourd’hui. En gros ces deux pays se partagent les eaux du fleuve et les autres riverains doivent solliciter leur accord pour la mise en œuvre de leurs projets. De toute manière les autres pays n’étaient pas en mesure d’influer sur leurs décisions. C’est ainsi que l’Egypte et le Soudan ont construit chacun leur barrage sur le Nil. Le grand barrage d’Assouan assure à l’Egypte sa production d’énergie électrique, lui permet de réguler le débit du fleuve, de réaliser de nouveaux canaux d’irrigation et de gagner de nouvelles terres agricoles sur le désert. Certes de grands travaux agricoles se réalisent et l’Etat égyptien pousse les jeunes à quitter Le Caire dont la population explose pour aller à la campagne, travailler la terre et construire de nouvelles villes. Pour 2017 il est prévu d’augmenter les terres cultivables en Egypte de 40%. De toute évidence sans les eaux du Nil aucun de ces projets ne pourrait se réaliser.

Ces derniers temps l’Ethiopie a engagé des travaux pour la construction d’un grand barrage sur le Nil Bleu en considérant qu’elle n’est pas tenue de respecter les accords qui datent depuis des décennies. Les dirigeants de l’Egypte et du Soudan protestent en invoquant leur "droit historique sur le Nil". Les dirigeants égyptiens montent le ton. Ils menacent l’Ethiopie de représailles militaires. En fait le président Mohamed Morsi, en but à l’opposition, veut paraître intransigeant pour maintenir le calme dans son pays. Après deux semaines de vives tensions le ton baisse. Ces derniers jours s’est tenue une réunion des ministres des Affaires étrangères d’Ethiopie et d’Egypte pour convenir d’une entente et définir une politique de partage des eaux du fleuve.

Dans ce bras de fer, tous les protagonistes prétendent agir au nom des intérêts supérieurs de leur peuple mais ce ne sont que des mensonges. Ils se moquent en réalité des intérêts des populations pauvres qui souffrent de la malnutrition et du sous-développement. La seule chose qui les intéresse c’est l’enrichissement de leur clan et pour cela ils sont prêts à tout, y compris à monter les populations les unes contre les autres et à prendre le risque d’une guerre fratricide où les principaux perdants seront d’abord les populations pauvres.


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