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LA PÉNURIE D’EAU ET D’ÉLECTRICITÉ : UN PROBLÈME RÉCURRENT

SENEGAL

Le secteur de l’eau au Sénégal est entre les mains de deux entreprises : la SONES (Société Nationale des Eaux du Sénégal) et la SDE (Sénégalaise des Eaux). Ces deux sociétés, ainsi que l’ONAS (Office National de l’Assainissement du Sénégal) sont issues de l’éclatement de la SONEES (Société Nationale d’Exploitation des Eaux du Sénégal) en 1995, à l’occasion d’une opération de privatisation de ce service public.

La Sones est chargée de la "gestion du patrimoine de l’hydraulique urbaine, du contrôle de la qualité de l’exploitation et de la sensibilisation du public". L’État sénégalais est son principal actionnaire. Quant à la SDE, elle est chargée de "l’exploitation des installations, de l’entretien de l’infrastructure et du matériel d’exploitation, du renouvellement du matériel d’exploitation ainsi que d’une partie du réseau de distribution d’eau potable". C’est une filiale du groupe français Bouygues. L’État sénégalais ne détient que 35% de ses actions. Bouygues, par l’intermédiaire de sa filiale (SAUR) est dominant dans le domaine de la distribution de l’eau dans de nombreux pays africains, dont la Côte d’Ivoire.

Durant de nombreuses années, la SDE et la Sones se sont contenté d’encaisser l’argent des abonnements et de la consommation d’eau potable sans s’occuper réellement de renouveler les infrastructures complètement désuètes. Et pourtant, dans les factures payées par les consommateurs sont prélevées des sommes destinées à l’entretien et au renouvellement du matériel. Or cela fait des années que la population dakaroise souffre de coupures d’eau, auxquelles s’ajoutent des coupures d’électricité. On se rappelle que l’ex-président Wade disait déjà en l’an 2000 lorsqu’il arrivait au pouvoir, que "l’accès à l’eau potable pour tous les Sénégalais (était) une de (ses) priorités". Une des raisons de l’impopularité du président Diouf (qui avait précédé Wade) était qu’il avait été incapable de mettre fin aux coupures d’eau et surtout d’électricité. Entretemps, la population de l’agglomération dakaroise s’est fortement accrue sans que la question de l’approvisionnement en eau et en électricité ait été améliorée. Cela n’a fait que rendre la situation encore plus désastreuse.

Pas d’eau à boire dans les quartiers populaires tandis que les piscines des villas sont remplies !

Ceux qui souffrent le plus de l’incurie de l’État, ce sont les habitants des quartiers populaires. A chaque fois qu’il y a trop de demandes de consommation d’eau ou d’électricité par rapport à la quantité fournie par la SDE ou la Sénélec, ce sont les quartiers populaires qui subissent les délestages. Et cela se passe toujours aux heures où les gens ont le plus besoin d’eau et d’électricité.

Dans les quartiers résidentiels, il n’y a pour ainsi dire presque jamais de coupure. Et quand bien même le courant y est coupé, les riches ont chez eux des groupes électrogènes pour faire face aux défaillances de la Sénélec.

Lors de la dernière panne du 12 septembre qui a été qualifiée de la plus grosse panne depuis l’indépendance, jamais l’eau n’a manqué (même pendant quelques heures), dans les quartiers résidentiels. Les piscines des villas luxueuses sont toujours remplies et les pelouses bien arrosées. C’est dire que même si tout le monde paye son abonnement, tout le monde n’est pas servi de la même manière.

Dans la nuit du premier octobre, le gouvernement a annoncé que la rupture du tuyau de canalisation qui avait causé la panne dans la station de pompage de Keur Momar Sarr, à 200 km de Dakar, a été réparée. Mais il ne s’agit en réalité que d’une réparation provisoire car selon les responsables, le pays ne dispose ni du matériel ni de l’expertise pour réaliser les travaux de manière définitive. Si bien que sur les quatre pompes seules deux ont été mises en fonction pour éviter une forte pression sur la tuyauterie principale. Le résultat est que même après cette réparation provisoire l’eau ne coule pas dans tous les robinets et lorsqu’elle coule il n’y a qu’un mince filet qui en sort.

Jusqu’aujourd’hui, dans les quartiers populaires l’eau n’est disponible que de 2 heures du matin à 8 h, et uniquement pour les usagers se trouvant au rez-de-chaussée. Les habitants sont obligés de se lever à deux heures du matin et commencer à faire la queue devant des points d’eau dans l’espoir de remplir un bidon de 20 litres qu’ils sont obligés de payer à 25 francs Cfa. C’est un véritable calvaire et personne ne sait quand il prendra fin.

Les gesticulations de Macky Sall devant le mécontentement populaire

Lorsque les premiers signes de mécontentement populaire ont commencé à faire jour, Macky Sall se trouvait en voyage officiel à New York pour la Conférence de l’ONU. Loin d’apaiser la population des quartiers populaires, le discours méprisant du ministre de l’Hydraulique qui avait tendance à minimiser la panne en parlant d’un simple "incident" qui allait vite réglé, n’a fait qu’énerver les gens. Des manifestations ont commencé devant les bâtiments de la Sones et de la SDE, à Rufisque, à Pikine, à Grand Yoff, entre autres. Certaines agences ont été saccagées. Les boulangers ont aussi élevé le ton en disant que si l’eau n’était pas rétablie, ils allaient arrêter de fabriquer du pain car ils ne pouvaient plus "mouiller la farine". Lorsqu’à la coupure d’eau s’est ajoutée celle de l’électricité, ce sont les artisans tailleurs qui ont montré des signes de colère en disant qu’ils ne peuvent plus gagner leur vie car leurs machines à coudre sont à l’arrêt et qu’en cette période de veille de la fête de Tabaski, ils ne peuvent pas se permettre de perdre des clients.

Devant la gravité de la situation, Macky Sall a dû écourter son séjour à New York. De retour à Dakar, il a fait semblant de se préoccuper de la situation en enfilant un treillis militaire pour se rendre à Keur Momar Sarr, là où se trouve la panne. Ensuite il a fait la promesse que toutes les victimes de la coupure d’eau seront exemptées de payer leur facture d’eau pour le mois en cours. C’est la moindre des choses puisque les robinets sont restés vides ! Quant à ceux qui ont souffert durant des semaines dans les longues files d’attente et qui ont été obligés de payer comptant et ensuite de transporter les bidons jusqu’à leur domicile, qu’a-t-il proposé ? Rien. Et ils n’ont pas fini de souffrir car l’arrivée d’eau dans des conditions acceptables se fait toujours attendre.

Pas d’eau à boire mais on patauge dans les eaux stagnantes

Dans les quartiers populaires, à la pénurie d’eau et d’électricité se sont ajoutées les inondations consécutives aux dernières pluies de la saison de l’hivernage. Des quartiers entiers se trouvent inondés car ils ne possèdent pas de système d’évacuation ; et lorsqu’il y en a, les canalisations sont bouchées, faute d’entretien. Les conséquences, ce sont les eaux stagnantes et boueuses qui favorisent la prolifération des moustiques et de toutes sortes de maladies, sans compter les odeurs nauséabondes au milieu de la chaleur étouffante.

Des familles entières, n’ayant plus un endroit où dormir (parce que leurs maisons sont envahies par les eaux de pluie) ont dû se réfugier dans les écoles. Du coup ces écoles ne peuvent plus recevoir les écoliers. La mairie de Dakar fait pression sur ces familles en détresse tout en leur promettant des dons de quelques litres d’huile et de quelques kilos de riz. Mais ce que veulent ces familles c’est que les autorités les aident pour évacuer les eaux de pluies qui ont envahi leurs quartiers et leurs habitations. Mais là, ni la mairie, ni l’État ne s’engagent à leur venir en aide. La situation est pour le moment bloquée. Le gouvernement a très certainement envie d’utiliser la manière forte en déployant les forces de l’ordre mais s’il hésite encore c’est parce que dans une situation tendue comme celle-là, nul ne sait comment vont réagir les habitants qui ont toutes les raisons de sortir dans les rues pour manifester leur colère et leur exaspération devant l’incurie du gouvernement. En effet, la seule chose qui pourrait obliger les autorités à agir rapidement dans le sens de l’intérêt de la majorité c’est l’explosion de la colère dans les quartiers populaires


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