UATCI

LA POPULATION CONTINUE À MANIFESTER CONTRE LES MILITAIRES

SOUDAN

Au Soudan il y a toujours des gens qui manifestent dans les rues et sur les places publiques, ce qui met le dictateur aux abois.
Il y a environ quatre mois, dans ce pays dirigé d’une main de fer par Omar al-Bachir depuis 1989, l’État a décidé de tripler le prix du pain et d’augmenter celui de l’essence. Cela a déclenché des vagues de manifestations dans tout le pays, en particulier à Khartoum, la capitale, à Omdurman et au Port-Soudan. La police et l’armée ont décrété l’État d’urgence, emprisonné des centaines de personnes et tué plusieurs dizaines.

Cela n’a pas découragé les gens, ils ont continué à manifester dans les rues et à réclamer le départ d’Omar al-Bachir. Les manifestations sont immenses. Les femmes sont nombreuses à participer. Cela montre la profondeur du mouvement dans un pays où la loi islamique est de rigueur. Les manifestants réclament le départ des militaires qui sont à la tête de l’État et le transfert sans délai du pouvoir à un gouvernement civil.

La mobilisation des manifestants s’est rapidement structurée et à la tête, est apparue l’Association des professionnels soudanais (APS). Cela regroupe des médecins, avocats, journalistes, pharmaciens, professeurs de l’université de Khartoum et aussi de simples travailleurs, victimes de la dégradation économique.

Le 11 avril, l’armée a décidé de lâcher le dictateur en organisant un coup d’État pour mettre en place un « Conseil militaire de transition ». Il est à remarquer que les militaires dans les rues ne sont pas hostiles aux manifestants. On voit même des jeunes officiers et des policiers passer de leur côté. Finalement Omar al-Bachir a été arrêté par des officiers supérieurs et emprisonné par ses amis d’hier. Un Conseil militaire de transition dirigé par le ministre de la Défense, le général Ibn Aouf, s’est installé. Ce dernier, ancien responsable de la répression, a annoncé la reconduction de l’État d’urgence, tout en laissant en place le chef des services de renseignements, Salah Abdullah Gosh, honni de la population.

Ce changement à la tête de l’État n’a pas trompé les populations. Ces dernières ont continué leur mouvement en réclamant le départ de ces hommes qui ont les mains pleines de sang. Les 11 et 12 avril, malgré le couvre-feu, des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Khartoum pour réclamer le départ d’Ibn Aouf. Il a donc été remplacé par Fattah al-Burham, un autre général. Poussé par les manifestants, ce dernier promet de libérer des prisonniers, de limoger Gosh, et d’engager des négociations avec l’Association des professionnels soudanais et les partis politiques qui réclament toujours un gouvernement civil.
À ce jour rien n’est encore réglé. La population reste sur ses gardes et ne compte pas changer d’objectifs. Elle veut créer une autorité civile pour diriger le pays à la place de l’armée.
Il faut croire que certains dirigeants d’Afrique de l’Est commencent à s’inquiéter de l’ampleur que prend la situation au Soudan. Réunis en Egypte, pays voisin du Soudan, plusieurs chefs d’États africains ont appelé à une transition démocratique.De même, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine menace de suspendre le Soudan si l’armée ne quitte pas le pouvoir au profit d’une « autorité politique et civile ».

Il n’y a pas que des États africains qui s’inquiètent de la situation au Soudan. Les États-Unis aussi. Le monde capitaliste a peur que la révolte de la population ne fasse tache d’huile dans les autres pays de la région. À l’heure actuelle, pas très loin du Soudan, en Algérie, les populations se sont mobilisées depuis plus de deux mois. Elles ont réussi à imposer la démission du dictateur Bouteflika et exigent un gouvernement civil.
Les travailleurs et les classes populaires, mobilisés massivement au Soudan et en Algérie contre la dictature, ont raison de l’être. En luttant collectivement et d’une façon déterminée ils représentent une grande force. Les travailleurs dans les entreprises, les ports et les chantiers représentent une force encore plus puissante pour mettre à bas ce système qui domine le monde.


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