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60 ANS APRÈS, LE PONT EST ENFIN RÉALISÉ !

Sénégal-Gambie

C’est avec un grand soulagement que les populations ont accueilli l’ouverture du pont « transgambien » le 21 janvier dernier. Depuis les années 1960 les populations réclament la construction de ce pont afin de pouvoir relier la Casamance à la capitale sénégalaise par la route sans être obligées de faire un long détour pour contourner la Gambie. Le chemin le plus court pour relier Ziguinchor, la capitale régionale de la Casamance à Dakar c’est en effet la traversée de la Gambie mais le problème est qu’il faut passerr deux fois la frontière entre les deux pays et surtout qu’il fallait emprunter le bac pour traverser le fleuve. C’était un véritable calvaire pour les voyageurs et les transporteurs routiers mais une aubaine pour les douaniers et les policiers car ils pouvaient se livrer à leur passetemps favori, le racket. La file d’attente à ce lieu d’engorgement était si longue qu’il fallait parfois attendre toute une journée, sans compter que parfois le seul bac en fonction était en panne, auquel cas l’attente pouvait se prolonger de plusieurs jours. Cela faisait le bonheur des commerçants et des hôteliers locaux dont les affaires étaient florissantes mais pas celles des voyageurs et des transporteurs coincés à cet endroit.

Pour les caisses de l’État gambien aussi cette route constituait une source de revenus grâce aux taxes et aux recettes du bac dont il était le propriétaire, sans compter que de nombreux politiciens et hauts fonctionnaires gambiens se sont enrichis grâce à tout un système de trafics et d’affaires juteuses liés à cette traversée du fleuve. Tout cela explique la réticence des autorités gambiennes au projet de construction du pont.

Les transporteurs routiers sénégalais ont protesté de nombreuses fois contre les tracasseries et les rackets. Parfois ils ont dû paralyser la circulation durant de nombreuses journées pour forcer les autorités des deux pays à trouver une solution à cette question mais en vain.

Un projet de construction de pont avait été annoncé au début des années 1970, il a même été question de fédérer les deux pays en créant la « Sénégambie » mais c’était plus du domaine de la gesticulation démagogique des dirigeants qu’une véritable ambition politique.

Après la chute du dictateur gambien Yaya Jammeh et son remplacement par Adama Barrow en 2017 grâce au soutien actif des autorités sénégalaises, les relations entre les deux pays se sont nettement améliorées. Du coup la construction du pont a pu se faire assez rapidement par l’association des deux États à son financement. Le pont est déjà ouvert aux véhicules légers ; l’ouverture aux camions ne sera effective qu’à partir de juillet prochain. Les usagers du pont devront s’acquitter d’un péage équivalent à celui de la traversée par le bac mais au moins ils ne seront plus obligés de perdre des heures d’attente pour faire le trajet. Ce qui ne veut pas dire que les voyageurs en auront fini avec les tracasseries à la frontière. Les petites gens vont continuer à être rackettés par les douaniers et les policiers. De plus, rien ne garantit que si demain les relations politiques entre les deux régimes se détérioraient de nouveau la traversée de la Gambie ne redevienne pas aussi problématique qu’avant.

Quant à la réalisation de la fédération entre les deux Etats qui est un souhait des populations des deux côtés, d’autant plus qu’il s’agit des mêmes populations séparées par la frontière héritée de la colonisation, il ne faudra surtout pas compter sur les dirigeants politiques pour la réaliser car ceux-ci ont plus d’intérêts et de privilèges à sauvegarder dans le maintien de deux Etats séparés plutôt que dans l’unification des deux pays en une seule entité. Seuls les travailleurs et l’ensemble des classes pauvres et opprimées peuvent véritablement accomplir cette tâche car ils n’ont rien à gagner dans le maintien des frontières qui servent à les diviser et à les opprimer.


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