UATCI

LES PRÉSIDENTS CHANGENT, LA FOLIE DES GRANDEURS DEMEURE

SÉNÉGAL

Une fois de plus, la pluie a fait des victimes et des dégâts matériels à Dakar et dans ses proches banlieues. Il a suffi d’une pluie, durant la nuit du 28 juillet, pour que de nombreux quartiers soient inondés car ils ne sont pas pourvus de système d’évacuation des eaux de ruissellement ou bien parce que le peu de canaux qui existent sont bouchés faute d’entretiens. Il y a eu au moins deux morts signalés par la presse locale. Dans certains quartiers, des habitants ont manifesté leur colère contre la négligence des autorités et leur inaction en matière de secours aux sinistrés.

À chaque fois que pareille situation se produit on entend le même refrain des autorités qui accusent les habitants d’ « incivisme » car selon elles, les gens ne respectent pas les infrastructures servant à évacuer les eaux de pluies en y déversant les ordures ménagères. Mais c’est l’État ainsi que les municipalités de Dakar et des communes environnantes qui sont les premiers responsables de cette situation. Que font-ils pour que les quartiers populaires ne soient pas encombrés par les ordures ? Les services de la voirie ignorent ces quartiers et laissent les habitants au milieu des tas d’immondices qui pourrissent au soleil et qui engendrent toutes sortes de maladies. Quoi d’étonnant alors que ces ordures finissent par obstruer les canalisations et que les eaux de pluies se transforment en torrents dévastateurs ! Les premières victimes sont les familles qui n’ont pas les moyens de se loger ailleurs que dans les zones inondables où convergent les eaux de ruissellement.

Ce que l’on entend souvent aussi c’est que l’État n’aurait pas les moyens de financer les infrastructures nécessaires pour évacuer les eaux de pluies dans une grande agglomération comme Dakar. Mais comment se fait-il que Macky Sall, l’actuel président, en a trouvé pour faire construire par la Chine une gigantesque arène de plus de 20.000 places (destinée principalement à des combats de lutte) pour un montant de 32 milliards de francs CFA, environ 48,7 millions d’euros. Cette arène a été inaugurée le 22 juillet dernier lors de la visite du dirigeant chinois Xi Jinping à Dakar. Macky Sall a annoncé dans la foulée la construction d’un nouveau stade de football de 50.000 places à Diamniadio, dont l’inauguration est prévue pour 2020. Combien d’autres milliards vont être engloutis dans cette construction de prestige alors qu’ils auraient pu être utilisés pour financer des infrastructures utiles qui font tant défaut à la population des quartiers populaires ?

Il est vrai qu’en matière de folie des grandeurs, Macky Sall ne fait que suivre la voix tracée par son prédécesseur Wade qui voulait « son » aéroport, « son » Monument de la Renaissance sans compter les gaspillages pharaoniques pour accueillir le sommet de l’OCI (Organisation de la conférence islamique) à Dakar en mars 2008. Une partie des fonds a permis à son fils Karim et à quelques autres proches du cercle présidentiel de s’en mettre plein les poches. Dans ce domaine de détournement des fonds publics, il faut dire que Macky Sall a été à la bonne école puisqu’il a été un des proches de Wade avant de lui succéder au pouvoir.

Pendant ce temps, les établissements scolaires et les hôpitaux publics se dégradent faute d’entretiens et de moyens mis à leur disposition pour renouveler le matériel en piteux état ; l’eau et l’électricité sont constamment coupées (surtout dans les quartiers populaires) de même que le ramassage des ordures ne se fait régulièrement que sur les grands axes. Il ne s’agit pas de manque de moyens mais principalement de volonté politique de l’État. Ces messieurs qui sont au pouvoir ne considèrent pas ces questions comme des priorités car ils ne vivent pas dans les mêmes quartiers que les pauvres, ne fréquentent pas les mêmes hôpitaux et n’envoient pas leurs enfants dans les mêmes écoles. Ils vivent dans un monde à part, réservé à ceux qui profitent de ce système inhumain qu’est le capitalisme.


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