UATCI

« QUE FAIRE CONTRE LA MONTÉE DE LA MISÈRE ET DE LA PAUVRETÉ ? »

CÔTE D’IVOIRE

Nous publions ci-dessous de larges extraits du débat que nous avons animé lors de la 13ème fête annuelle de notre journal « Le Pouvoir Aux Travailleurs », à Abidjan le 1er mai dernier.

De nombreuses questions ont été posées à cette occasion ; nous en résumons ici quelques-unes, ainsi que les réponses qui ont été données par les animateurs :

Questions et interventions des invités}

- Est-il possible de changer la société capitaliste ?

- Quels moyens les travailleurs doivent-ils mettre en place pour changer leur situation ?

- Le droit des travailleurs n’est pas respecté sur les chantiers et dans les entreprises. Existe-t-il un comité pour aller inspecter dans les entreprises et sur les chantiers ?

- Les syndicats n’arrivent pas à approcher toutes les entreprises, est ce que l’État a mis en place une structure pour examiner la situation ?

- Oui, c’est vrai que nous souffrons : quels moyens devons-nous mettre en place pour remédier à la situation ?

- Est-ce que si nous nous mettons ensemble on pourra changer quelque chose ?

- Ne pourrait-on pas faire des campagnes de sensibilisation ? Hormis notre fête annuelle, pourquoi n’organisons nous pas des séminaires d’informations ?

- Est-ce que la société civile ne peut pas nous aider ?

- Aujourd’hui, le taux de croissance de la Côte d’Ivoire est entre 8 et 9,5%. (…) mais l’Ivoirien vit en dessous du seuil de pauvreté. On sent une volonté manifeste des autorités de maintenir la population dans la misère.

- Il existe plus de 60 partis en Côte d’Ivoire, c’est un parti de plus qu’on veut construire. Pour moi, le syndicalisme est la voie la plus appropriée.

- Les travailleurs devraient réclamer leurs droits.

En résumé, la réponse des organisateurs :

La vie des travailleurs n’a jamais été facile, où que ce soit dans le monde. Partout, les capitalistes ne cessent d’aggraver l’exploitation pour augmenter d’autant leurs profits. La seule chose qui les bloque efficacement, c’est la lutte collective que leur opposent les travailleurs ou la crainte de ces luttes.

Ces luttes, qui sont le plus généralement des grèves, sont quelques fois victorieuses. Mais quelque fois aussi des échecs.

Ce combat est nécessairement le résultat d’un rapport des forces entre les capitalistes d’un côté et les travailleurs de l’autre. Les exemples récents qu’on peut citer, c’est la lutte des ouvriers qui construisent le grand stade sur la route d’Anyama, ou encore, la grève récente des travailleurs de Gandhour à Yopougon, pour ne pas dire une explosion de colère. Leurs luttes n’ont pas pour autant abouti (ou pas encore) à un succès contre l’exploitation et les injustices qu’ils subissent.

Et pourtant, il n’y a pas d’autres voies possibles pour y parvenir sans lutte. Et s’ils ne battent pas, leur situation continuera à s’aggraver. Il n’y a pas que les salaires qui restent bloqués vers le bas. Il y a les cadences de travail qui augmentent, le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter et qui appauvrit d’année en année la population laborieuse.

Face aux travailleurs en lutte, les capitalistes ont le soutien des forces armées, de l’administration, en un mot de l’appareil d’État, sans compter la présence des vigiles que les patrons utilisent contre les grévistes.

C’est face à toutes ces forces que les travailleurs et les populations pauvres doivent faire face quand les grèves et les révoltes éclateront.

En temps ordinaire, les travailleurs qui sont pour engager la lutte sont très minoritaires. Néanmoins, même si la grande majorité des travailleurs baissent la tête, cela ne veut pas dire qu’ils sont d’accord avec leur situation. Cela veut dire simplement qu’ils ne se sentent pas de taille à engager une lutte à ce moment-là. La peur de perdre son travail, sachant que la charge de la famille pèse sur ses épaules, est un des éléments qui empêche les travailleurs de faire la grève.

Mais tôt ou tard arrive le jour où une goutte d’eau fait déborder le vase. Alors, ceux-là même qui étaient réticents hier relèvent la tête et se révoltent contre leur situation. Alors, une lutte ouverte contre le capitaliste s’engage.

Un militant ouvrier ne doit pas ignorer ce processus. Son rôle est donc de se préparer en conséquence, sans se couper de ceux qui hésitent mais au contraire de les convaincre pour que le mouvement soit le plus large possible afin d’augmenter notre force.

Toutes les grèves ne sont pas pour autant victorieuses mais on peut en tirer des leçons précieuses pour les batailles futures. Il y en aura d’autres nécessairement et il faut les préparer d’avance.

Lorsqu’une grève éclate dans une usine ou sur un chantier, le rôle d’un militant ouvrier est de tout faire pour mettre en place un Comité de grève qui assumera la direction du mouvement ; de mettre en place des piquets de grèves pour contrôler l’usine ou le chantier ; de veiller à ce que des AG (Assemblées Générales) se tiennent tous les jours, voire deux fois par jour, matin et soir, pour que les travailleurs décident démocratiquement de la suite qu’ils veulent donner à leur mouvement et qu’ils en gardent le contrôle. Autrement, des politiciens, des gens de la « société civile » pour reprendre les termes utilisés par un intervenant, ou des syndicats, dont la très grande majorité des dirigeants sont vendus au patronat, risquent de prendre le contrôle de la lutte et la mener vers des impasses. C’est ce qui se passe le plus souvent, lors des grandes luttes dans ce pays.

Pour défendre ses intérêts politiques, la classe ouvrière a besoin d’un parti politique propre à elle. Il y a peut-être 60 partis dans ce pays mais tous aspirent à servir les intérêts des classes possédantes, même s’ils masquent parfois leur vrai visage derrière leur prétendu volonté de « servir la nation » ou « l’intérêt général ».

La classe ouvrière, la classe des pauvres, constitue une force colossale. Sans les travailleurs aucune richesse ne peut sortir de la terre ou des usines. Sans eux le transport ne pourrait marcher ; le port ne pourrait décharger ou charger les marchandises dans les bateaux ; les banques ne pourraient ouvrir ; les hôpitaux ne pourraient soigner les malades, etc. Cette classe sociale constitue la grande majorité de la population sur cette terre, alors que les exploiteurs, les bourgeois en constituent une toute petite minorité. Alors, oui, l’avenir appartient aux travailleurs s’ils prennent conscience de leur force et du rôle historique qu’ils auront à jouer dans le renversement du système capitaliste.


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