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ÉDITORIAL

UN RÉFÉRENDUM POUR DÉTOURNER LA GROGNE SOCIALE

MALI

Le samedi 17 juin, plusieurs milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Bamako, de la place de la Liberté à la Bourse du travail pour protester contre la révision constitutionnelle décidée par le président malien. À la tête de cette manifestation se trouvaient des personnalités politiques de l’opposition comme Soumaïla Cissé ou encore d’anciens Premiers ministres, Modibo Sidibé et Soumana Sako regroupés autour d’une plateforme, baptisée « An te son, a bana ! » (« Touche pas à ma Constitution ! »).

Tous ces gens-là reprochent au président malien de vouloir modifier certaines parties de la constitution actuelle pour renforcer encore plus sa position. Il veut par exemple nommer lui-même le président de la cour constitutionnelle ainsi que trois autres membres de cette cour ; il veut aussi créer un sénat (comme son voisin ivoirien Ouattara) dont le tiers des membres sera désigné directement par lui. Il veut que la nouvelle constitution l’autorise à créer dans le Nord du pays une sorte de pouvoir régional dans lequel il pourra caser les dirigeants des mouvements de la rébellion Azawad qui ont accepté de signer avec lui les accords d’Alger de 2015.

Un référendum est prévu le 9 juillet prochain afin de valider cette reforme constitutionnelle mais l’opposition est vent debout pour s’y opposer. Comment le gouvernement pourra-t-il organiser ce référendum sur l’ensemble du territoire alors que dans de vastes régions du nord et du centre, l’appareil d’État est quasiment absent à cause de son incapacité de faire face à la rébellion armée ?

En organisant ce référendum, IBK a trouvé un os à ronger pour son opposition et pour détourner l’attention de la population vers une question annexe au moment où de nombreux salariés de la fonction publique, dans l’administration, les hôpitaux, l’éducation nationale, montrent qu’ils sont en colère contre la dégradation de leurs conditions d’existence. Les récentes grèves qui ont secoué de nombreuses catégories de salariés de l’État (dont certaines ont duré plusieurs semaines), ont montré que cette colère est bien réelle. Les grévistes ont obtenu du gouvernement des promesses sur leurs principales revendications mais ils ont averti les autorités qu’ils sont prêts à reprendre leur mouvement si jamais les promesses ne sont pas tenues. Le président IBK a mesuré leur détermination et craint la reprise de la grève.

Sur les questions concernant les revendications salariales ou l’amélioration des conditions de travail, on n’a pas vu les dirigeants de l’opposition, ces anciens ministres et Premiers ministres défiler dans les rues pour soutenir les grévistes. Cela ne les intéresse pas car sur ces sujets ils sont en accord avec IBK. Mais comme ils doivent coûte que coûte se distinguer pour montrer qu’ils existent, ils ont trouvé dans la réforme constitutionnelle une bonne occasion de critiquer le pouvoir d’IBK. En clair, ce référendum, du côté du pouvoir comme de l’opposition, n’est qu’un piège pour détourner la colère des travailleurs et des petites gens des véritables raisons de l’aggravation de leurs conditions de vie.


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