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MÊME SI ELLES NE SE RESSEMBLENT PAS, LES MUTINERIES SE SUCCÈDENT

Dans la nuit du jeudi 05 au matin du vendredi 06 janvier 2017, la population de Bouaké a été tenue en éveil par le crépitement d’armes à feu. En effet, des soldats des camps et garnisons de la ville ont pris de nuit, le contrôle de la ville en neutralisant les différents commissariats de police et en bloquant les entrées et sorties de la ville. Comme s’ils se sont donné le mot, d’autres villes du pays ont été atteintes par la mutinerie, Daloa, Daoukro, Korhogo, Odienné, Man, San-Pedro et Abidjan dès le lendemain. Rapidement, le gouvernement a promis de satisfaire à leur revendication. Ce n’est pas la première fois qu’on assiste à une mutinerie de soldats.

La mutinerie de novembre 2014

Lors de cette mutinerie, le régime d’Abidjan a pris peur. Pris de court, Ouattara cède rapidement aux revendications qu’il considère à cette époque comme étant légitimes et justifiées. En contrepartie, il demande à ces soldats de l’aider à réprimer la grogne venant du côté de leurs anciens camarades ex-combattants qui avaient combattu en sa faveur lors de sa lutte pour accéder au pouvoir. Cela représentait plusieurs dizaines de milliers de combattants. Ils ont été par la suite désarmés, démobilisés et n’ont pas pu intégrer l’armée officielle nouvellement créée. Ouattara a sans doute estimé ne plus avoir besoin d’eux.

La mutinerie de début janvier 2017

Comme une trainée de poudre, depuis Bouaké, les soldats des différentes garnisons du pays rallient le mouvement de colère des soldats. Le samedi 07 janvier, les soldats du plus grand camp militaire d’Abidjan entrent aussi en mutinerie. Ils se manifestent par des rafales de tirs à l’intérieur de la caserne et bloquent la voie qui mène à Bingerville. Les sapeurs-pompiers militaires, la garnison du 3ème bataillon d’Anyama, le camp commando d’Abobo tirent des rafales et dressent des barrages dans la ville.

À Bouaké, aucun véhicule n’est autorisé à entrer ou à sortir. La ville est sous le contrôle des mutins qui y paradent dans des véhicules arrachés à la police ou aux particuliers. Ils lâchent de temps en temps des salves de Kalachnikov. À Daloa, deuxième région militaire du pays, c’est le même scénario. Les mutins y ont également le contrôle de la ville. Dans d’autres villes (Daoukro, Korhogo, Odienné, Man ou San-Pedro), les mutins se contentent de tirer quelques rafales et de dresser des barrages sur certaines voies pour marquer leur ralliement. La population quant à elle, s’est terrée le temps que l’orage passe.

Qui sont les soldats mutins et quelles sont leurs revendications ?

Comme en 2014, le gros des mutins est formé par les ex rebelles des FAFN de Soro Guiillaume. Ils réclament le versement d’une prime dite ‘‘Ecomog’’, la revalorisation de leurs salaires, la réduction du temps de passage des grades supérieurs à quatre ans au lieu de sept ans et un logement pour chacun d’eux. Sur une chaine de radio, l’un des porte-paroles dit : « Dans l’armée, nous n’avons pas de syndicats, c’est le seul moyen que nous avons de nous exprimer. On ne veut de mal à personne, mais le président doit nous entendre ». Et le président semble les avoir entendus.

Déjà, dès le vendredi 6 janvier, les autorités administratives et religieuses de Bouaké ont entamé des négociations avec les soldats mutinés. Comme les soldats ne se sont pas laissé convaincre, le ministre de la Défense a fait le déplacement en personne pour discuter avec leurs représentants. Après accord et malgré une déclaration télévisée dans laquelle le Président a concédé aux demandes des militaires, la délégation du ministre a été retenue tout de même pendant deux heures. Certains militaires ont flairé le piège et exigé l’exécution immédiate des promesses. Il a fallu convaincre ces derniers de la bonne foi du Président.

Le contexte social actuel

Actuellement, la population ivoirienne vit dans une certaine contradiction. D’un côté, il y a les grands discours sur la croissance économique du gouvernement et sa politique des grands travaux, de l’autre, il y a le quotidien morose de la plupart des ivoiriens. C’est à vue d’œil que les usines, les autoroutes, les échangeurs et autres bâtiments cossus fleurissent à travers le pays, les grosses cylindrées battent de plus en plus le pavé des villes, confirmant bien une embellie dans les affaires, sans aucune retombée pour les petits gens. Bien au contraire, le loyer, le prix du transport et des produits de première nécessité sont en hausse continue. La grogne est palpable au sein de la population. Les soldats du rang qui font partie du petit peuple n’échappent donc pas au mécontentement général. Ils ne sont pas plus de dix milles mais comme ils savent faire parler la poudre, les autorités sont bien obligées de leur prêter une oreille attentive.

Voilà bientôt une semaine qu’une grève de fonctionnaires et agents de l’État (officiellement 200.000 personnes) est largement suivie. Et pourtant cela n’a pas l’air d’indisposer les dirigeants du pays.

Mais arrivera le jour où la révolte des exploités sera telle qu’elle emportera à jamais ce système capitaliste qui est à l’origine de l’injustice sociale et de la misère dans le monde.


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