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SITUATION DES JEUNES DIPLÔMÉS EN QUÊTE DE STAGE

LE QUOTIDIEN DES TRAVAILLEURS

Nombreux sont les étudiants aujourd’hui qui, après le BTS, sont en quête de stage dans le but de valider leurs diplômes. Cette situation est devenue une aubaine pour certaines entreprises qui utilisent ces jeunes gens comme une main d’œuvre corvéable à merci sans débourser un seul sou. Certaines entreprises ne fonctionnent qu’avec ce type de main d’œuvre.

Voici le témoignage d’un jeune étudiant qui en a fait les frais :

« Après l’obtention de mon BTS option agriculture tropicale, je me suis adressé à la FENASCOVICI, une coopérative agricole qui exerce dans le vivrier, pour avoir un stage en vue de valider mon diplôme. Après quelques va-et-vient, je fus finalement reçu par le directeur des ressources humaines pour un entretien. Je m’attendais à des questions techniques dans mon domaine. Mais grande fut ma surprise lorsque les questions posées étaient du genre : « As-tu la force pour mieux travailler ? » « As-tu déjà travaillé avec la machette ? », « Souffres-tu d’une maladie ? », « Prends-tu des médicaments ? ». Le DRH a même vérifié mes mains pour savoir si j’avais déjà exercé dans le domaine agricole car pour lui, si oui, je devrais avoir la paume dure. Devant ma surprise, ce dernier m’a rassuré en me disant que j’allais occuper un poste de superviseur à Odienné, une localité située au nord du pays, sans préciser les conditions.

Dans le contrat, la nourriture, le logement, la boite à pharmacie et les équipements de travail devaient être pris en charge par l’entreprise. Une prime de stage devait nous être versée.

Une fois sur le terrain il n’y avait rien de tout ce qui avait été dit. Comme logement, on dormait dans des bicoques en bois qui servaient d’entrepôt de matériel. La nourriture était irrégulière et il fallait faire la cuisine soi-même au fagot. Il n’y avait pas de boîte à pharmacie, pas de matériel de protection comme des gants ou des masques de protection pour pulvériser des produits phytosanitaires qui sont toxiques. Lorsqu’on réclamait, on nous répondait qu’il fallait seulement se laver les mains après la manipulation de ces produits.

Les manœuvres à encadrer, c’était nous-mêmes. Certains parmi nous avaient envie de retourner chez eux, mais il fallait qu’on fasse les trois mois pour valider notre diplôme.

Notre « défi à relever » était de confectionner des planches (technique agricole adaptée aux cultures maraichères) sur trois hectares. Cette technique nécessite des moyens. Pour des manœuvres sous contrat, ce travail est payé à 250 000F par hectare et s’il s’agissait d’agriculture mécanisée, l’hectare est payé 600 000 F à 700 000 F. Nous n’avons rien perçu de tout ça. Tout cet argent allait sans doute directement dans la poche du patron. Même les primes qu’ils nous ont promises par mois pour nos petits besoins, on ne les a pas reçues.

On travaillait tous les jours de la semaine. S’il arrivait qu’on ait un temps de repos les encadreurs trouvaient toujours du travail pour nous occuper. En cas de maladie, il fallait prévenir les parents pour qu’ils s’en chargent. En cas de blessure à la machette ou à la daba on se soignait avec la sève de « Sékou Touré ».

Apres la mise en place de la culture, il y a le problème de l’arrosage. La culture du piment nécessite beaucoup d’eau. Ils nous ont fait croire qu’un système d’irrigation de pointe par asperseur devait être mis en place afin de faciliter l’irrigation du champ. Mais tout ça, c’était du pipeau.

Il fallait aller chercher de l’eau dans des arrosoirs à 200 mètres du champ pour irriguer toute la plantation. Lorsqu’on contactait d’autres amis sur d’autres sites, c’était les mêmes choses.

Lorsque les trois mois tiraient à leur fin, on préparait nos rapports de stage. A la veille du départ les maitres de stage et les patrons ont organisé une réunion. Nous étions heureux parce que nous croyions pouvoir toucher la totalité de nos primes de stage. Mais c’était pour nous informer qu’il fallait continuer le stage pour labourer les deux derniers hectares de la superficie restante. Ce n’était pas à négocier. Ils voulaient nous imposer la décision. C’était la condition pour que les maîtres de stage nous assistent lors de la soutenance. Pour moi, c’était un chantage de trop. J’ai pris alors la décision de partir ».


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