UATCI
Éditorial

UNE FRONTIÈRE QUI NE FAIT QU’AGGRAVER LA SOUFFRANCE DES POPULATIONS

SÉNÉGAL-GAMBIE

Depuis le 10 février 2016 la frontière entre le Sénégal et la Gambie est totalement fermée suite à la décision des autorités gambiennes d’augmenter brutalement la taxe de passage pour chaque véhicule. Ainsi le prix du passage d’un camion de marchandises en territoire gambien passe de 4 000 francs CFA (environ 6 euros) à 400 000 francs CFA (610 euros). Mécontents de ce racket supplémentaire, les camionneurs sénégalais ont bloqué la route qui passe par la Gambie pour rejoindre la Casamance. Du coup, le passage est bloqué aussi pour les camions gambiens qui veulent traverser la frontière. C’est à la suite de ce mouvement des transporteurs que le gouvernement sénégalais a décidé de fermer officiellement la frontière entres les deux pays.

Les populations riveraines souffrent des conséquences de cette fermeture car cela engendre un renchérissement des prix des marchandises et des denrées alimentaires. La pénurie s’installe en Gambie et la colère commence à gronder au sein de la population. A cette colère s’est ajoutée la contestation des opposants à la récente réforme électorale imposée par le dictateur Yaya Jammeh. Une manifestation a été violemment réprimée. Trois opposants ont été tués et de nombreux autres ont été emprisonnés et risquent d’y mourir. Des policiers en arme quadrillent les rues de la capitale et sèment la terreur sur la population.

C’est la colère de la population qui souffre de plus en plus de la pénurie causée par la fermeture de la frontière, qui a contraint Yaya Jammeh à envoyer une délégation à Dakar pour négocier la fin du conflit. Cela fait déjà plusieurs semaines que les négociations ont commencé mais jusqu’à présent c’est toujours l’impasse. En attendant, le transport entre la capitale sénégalaise et la Casamance se fait par un long détour via Tambakounda. Cela rallonge le trajet et se traduit par un renchérissement des prix de transport sans compter le nombre important de « points de contrôle » qui permettent aux policiers et douaniers sénégalais de rançonner les transporteurs et les passagers.

Les deux gouvernements trouveront-ils un terrain d’entente pour mettre fin à cette situation aberrante qui pénalise aussi bien les populations sénégalaises que gambiennes ? Rien n’est moins sûr car cela fait des années que les deux États se rejettent la responsabilité.

L’existence de cette frontière entre les deux pays dont les peuples sont intimement liés par l’histoire et par la géographie est un héritage de la colonisation. En 1982 les dirigeants des deux pays prétendaient constituer la « Confédération de Sénégambie » mais quelques années après, en 1989, cette idée fut abandonnée car l’existence de la frontière constitue une aubaine de plus pour chacun des deux États de pratiquer le racket.

Les populations ne peuvent pas compter sur les dirigeants des deux États pour mettre fin à leur calvaire. Ce sont des parasites qui vivent sur leur dos. L’avenir c’est dans l’abolition de la frontière entre les deux pays pour n’en faire qu’un. Pour cela les travailleurs et les exploités auront à s’organiser pour se débarrasser de ces États créés par le colonialisme pour diviser les peuples.


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