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ÉDITORIAL

APRÈS LE NOUVEAU PUTSCH MILITAIRE, QUELLE PERSPECTIVE POUR LES TRAVAILLEURS ET LES OPPRIMÉS ?

BURKINA FASO

Moins d’un an après le renversement de la dictature de Blaise Compaoré et son remplacement par un régime dit de « transition » (dirigé par Michel Kafondo, censé organiser des élections en octobre 2015), les partisans de Blaise Compaoré ont repris le pouvoir par un coup d’État. Depuis le 17 septembre, c’est le général Gilbert Diendéré qui s’est autoproclamé président du Conseil national pour la démocratie (CND). Ce général putschiste n’est autre que l’ancien bras droit de Blaise Compaoré. Il faisait partie du clan de ceux qui ont assassiné l’ancien président Thomas Sankara en octobre 1987, après avoir participé à la prise du pouvoir de ce dernier en 1983. Lorsque Compaoré a pris le pouvoir après l’assassinat de son compagnon de route, il a placé Gilbert Diendéré à la tête d’un régiment chargé spécialement de sa sécurité.

Après 27 années de dictature, Compaoré est renversé par une insurrection populaire en octobre 2014. La mobilisation populaire, notamment de la jeunesse a mis fin à son régime mais pas à la mainmise des militaires sur la vie politique. Par l’entremise de la France, c’est Michel Kafondo qui a été installé comme un pantin à la tête du régime de transition, flanqué de généraux et de colonels. Craignant d’être débordé par « le pouvoir de la rue », les dirigeants du régime de transition ont tout fait pour démobiliser la jeunesse et miser sur « l’esprit républicain de l’armée » pour soi-disant « rétablir la démocratie ». C’est donc délibérément que Kafondo et ses partisans du gouvernement de transition ont choisi de faire confiance à l’armée plutôt qu’à la mobilisation populaire de la rue. Les principaux galonnés partisans de l’ancien président Compaoré ont continué d’occuper leurs postes au sein de l’armée. C’est le cas du général Gilbert Diendéré qui se trouvait toujours à la tête du même régiment de 1300 hommes, chargé de la sécurité présidentielle (RSD).

La jeunesse et les habitants des quartiers populaires étant démobilisés depuis la chute de Compaoré, le général putschiste n’a éprouvé aucune difficulté pour renverser Kafondo et ses partisans.

De fait, dans ce pays le pouvoir est entre les mains des militaires depuis 1966. Ils s’y sont maintenus avec l’assentiment des dirigeants de l’impérialisme français, dans la mesure où ces militaires assurent l’ordre impérialiste dans ce pays. Les intérêts des capitalistes français dans ce pays n’ont jamais été mis en cause, y compris durant les quelques années du pouvoir de Sankara où des jeunes cadres de l’armée burkinabè jouaient avec le verbiage anti-impérialiste.

Le seul moment où la mobilisation populaire a réussi à chasser les militaires du pouvoir ce fut lors de l’insurrection de l’année dernière. La jeunesse scolaire, les habitants des quartiers populaires, les travailleurs et les salariés de la fonction publique, par leur mobilisation, par leur envie d’en finir avec le pouvoir dictatorial des galonnés, avaient réussi à faire tomber Compaoré. Grâce à ce soulèvement populaire le pouvoir politique est tombé entre les mains de ceux qui se définissent comme « la société civile », c’est-à-dire des politiciens timorés qui n’ont comme ambition que de profiter de leur passage au pouvoir pour s’enrichir le plus vite possible. Ces derniers n’ont pas voulu toucher à l’armée ; bien au contraire ils ont continué à confier à celle-ci le rôle de « garant de la démocratie républicaine ». Mais les galonnés qui ont pris l’habitude de se servir sans intermédiaire dans les caisses de l’État, n’entendent pas abandonner si facilement leurs prérogatives. Ils ont mis Kafondo et sa clique à leur place, en prison ou sous leur surveillance.

Aujourd’hui, on entend de nouveau les leaders des appareils politiques de la « société civile » lancer des appels pressants à la jeunesse estudiantine, à la population des quartiers populaires et aux travailleurs pour qu’ils se remobilisent et fassent de la « résistance » devant les putschistes. On a entendu quelques uns d’entre eux faisant appel à la « grève générale » pour contraindre l’armée à leur remettre le pouvoir. Ils ont aussi fait appel aux dirigeants de l’Union Africaine et de la Cedeao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) pour qu’ils convainquent les putschistes de retourner dans les casernes.

La jeunesse a répondu à cet appel en se mobilisant de nouveau. Des barricades sont apparues ça et là dans la capitale Ouagadougou ou à Bobo Diolasso, la deuxième grande ville du pays. Les manifestants ne sont pas armés face aux militaires putschistes. On déplore déjà, trois jours après le putsch, six morts et une centaine de blessés par balles parmi les manifestants. Le nombre de victimes n’est hélas que provisoire.

Combien de temps le général Diendéré tiendra-t-il au pouvoir face à la pression de la rue et des dirigeants des pays voisins qui ne souhaitent pas voir le retour des militaires au pouvoir de peur aussi de voir le même scénario se reproduire chez eux ? Cela dépendra aussi des calculs des dirigeants de l’impérialisme français qui ne souhaitent pas le basculement de cette sous-région dans une instabilité chronique.

Ce qui est sûr c’est que si les travailleurs se mobilisent par des grèves et des manifestations de rue aux côtés de la jeunesse, ils n’ont aucun intérêt à faire confiance aux politiciens du type de Kafondo et autres « civils » de son genre qui ne sont que des pantins, réactionnaires de surplus. Les travailleurs ne doivent faire confiance qu’en leur propre organisation politique. Sans l’existence d’une telle organisation mettant en avant leurs propres revendications et mots d’ordre de classe exploitée et opprimée, ils ne feront que servir de chair à canon pour d’autres catégories sociales qui tireront profit de leur lutte.


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